KröniK | Grey November - The Fall Of The House Of Usher (2011)


Un coup de gueule pour commencer : comment se fait-il qu'un projet aussi excellent que Grey November soit encore à la recherche d'un label quand tant de traine-savates sans idées ni panache se font signer au bout d'une seule maquette ? Cela fait longtemps que le groupe fondé en 1998 par Cedric Seyssiecq a pourtant franchi ce cap. Deux démos (Grey November, Solitude) et deux albums (D'automne puis The Fall Of The House Of Usher) plus tard, c'est toujours dans l'ornière de l'auto-production que traîne cette entité qui a, osons-le dire, le potentiel pour ravir la place jadis occupé par Dark Sanctuary dont l'avenir est plus qu'incertain. A l'énoncé de ses noms d'albums et de celui de l'auteur de Royaume mélancolique (pour n'en citer qu'un seul), vous aurez deviné de quel style on parle. Moins Gothique mais plus Doom que son aîné de deux ans, Grey November grave dans la pierre froide d'un caveau, une musique funéraire et automnale où claviers mortuaires et chant féminin vaporeux (sauf sur Solitude) sont les feux follets guidant le pèlerin dans la brume. Si D'automne souffrait encore un peu de son caractère "fait maison", The Fall Of The House Of Usher n'a clairement plus rien à envier aux productions professionnelles. Le son a gagné en profondeur, en emphase également, amélioration qui se lit surtout au niveau des arrangements et des nappes synthétiques tapissées par le maître des lieux, moins gothiques de bas étage et désormais plus funèbres, comme l'illustre "Requiem" sur lequel plane l'ombre glaciale de Shape Of Despair. 

Sans rien retirer ni au charme ni au talent de Justine Daaé (Elyose), vigie de la première offrande, il est permis de lui préférer Marieke Delanghe, vocaliste du groupe de sympho progressive Metal Heonia, laquelle délivre une performance en tout point remarquable. Elle est la narratrice envoûtante de cet album qui, comme son titre l'indique, se veut une transcription du livre de Edgar Allan Poe. Ce concept détermine une oeuvre ambitieuse s'étalant sur près de 90 minutes, réparties en sept plaintes d'un romantisme baudelairien. Grey November prend son temps pour installer des ambiances fantomatiques nappant cette lente déambulation dans une demeure hantée. Le ton est toujours juste et jamais le groupe ne sombre dans l'ennui, piège d'un art où lancinance ne doit pas se confondre avec langueur paresseuse. "Pendant toute une journée d'automne" lui suffit à faire entrer l'auditeur dans son univers d'une sombre poésie jusqu'à ce que la porte se referme sur cet" Epilogue" frissonnant et quasi instrumental. Noter la relative faiblesse de la voix masculine et la timidité des lignes de guitare dont on rêverait qu'elle épouse la beauté tragique du Anathema originel, serait vraiment faire la fine bouche face à un disque impressionnant de maîtrise et à ce jour, le plus abouti de Grey November. Si avec The Fall Of The House Of Usher, celui-ci ne trouve de label pour l'accueillir, c'est à ne rien y comprendre... Vraiment. (30.11.2012 | MW) ⍖⍖⍖

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