KröniK | My Dying Bride - 34,788%... Complete (1998)


Jusqu'alors chantre d'un Doom-Death romantique (dans le sens premier du terme, il va sans dire), My Dying Bride, se sentant peut-être à l'étroit dans un style qu'il façonne depuis 1991, décide de larguer les amarres afin d'explorer d'autres contrées. Le résultat de cette recherche est cette cinquième cuvée. Mais tous ne s'y retrouveront pas ! En effet, tout, de la pochette singulière au titre de l'album, étrange et hermétique, en passant bien entendu par le contenu musical, ne peut que surprendre celui qui suit le groupe depuis ses débuts. Et ne serait-ce le chant si reconnaissable de Aaron Stainthorpe et les ambiances tragiques distillées, nous pourrions presque croire qu'il ne s'agit pas de My Dying Bride. Pourtant, s'il requiert un minimum d'ouverture d'esprit, 34.788 %... Complete révèle au fil d'écoute toute sa richesse, celle d’un véritable monument, d’une pièce maîtresse, moins mélancolique et ténébreuse que ces prédécesseurs, mais plus glaciale et déshumanisée. Loin du Doom-Death auquel les Britanniques nous ont habitué, ceux-ci ouvrent les vannes d'un art pétrifié et expérimental, mêlant plages ambient, programmations et désespoir absolu. L'épique "The Whore, The Cook And The Mother" est un premier sommet de cet album, longue complainte obsédante, entrecoupée d'une partie centrale hypnotique au feeling suicidaire d'une hivernale beauté. 


Du reste, ce titre, à l'instar du terminal et magnifique "Under Your Wings And Into Your Arms", n'est pas le plus inhabituel du lot, si l'on fait exception toutefois de ce pont instrumental rempli de bidouillages sonores. Le sont davantage les suivants, traversés qu'ils sont par des détails, des éléments qui n'auraient pu figurer sur les productions antérieures, que l'on songe à ce beat electro de l'envoûtant "Heroin Chic", sur lequel Aaron, qui ne nous avait pas habitué à ce type de vocalise ahanée, est secondé par une voix féminine, ou bien à ces boucles de batterie hypnotiques sur l'énorme "Apocalypse Woman". Celui que l'on croyait à tout jamais enchaîné au Doom-Death, contrairement à ses frères d'armes Paradise Lost et Anathema qui ont depuis longtemps pris leur distance par rapport au genre, prouve qu'il n'en est rien et qu'il peut lui aussi, mu par une liberté artistique renouvelée, évoluer et prendre un autre chemin, moins balisé, et sans doute plus intéressant. Le changement est radical, encore plus que pour ces deux autres compagnons déjà cités, et les aficionados de la première heure ont tiré la gueule. 34.788 %... Complete marque la mort du Doom-Death britannique. Mais quand la mort est si belle, doit-on pour autant la rejeter ? Oui, apparemment, l'œuvre n'ayant pas connu le succès escompté. Calvin Robertshow, son guitariste historique avec Andrew Craighan et artisan de cette (r)évolution, quittera peu après un My Dying Bride échaudé par cet échec. Vu la banalité des opus suivants, au demeurant toujours de qualité, on ne peut que regretter que les Anglais n'aient pas persévérer dans cette voie. (20.06.2007 | MW) ⍖⍖⍖⍖

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