Une femme étendue sur un lit, les jambes écartées, un drap dissimulant son appétissante nudité, telle est l'affiche de A Woman For All Men qui annonce un programme gentiment érotique. Las, ceux qui s'attendent à y butiner un pur produit de sexploitation en seront pour leur frais, à moins qu'ils se contentent de quelques tétons, de pauses lascives et d'une scène où la visage rayonnant de la belle mime la jouissance que lui procure le cunnilingus prodigué par son partenaire. Mais l'héroïne du titre est incarnée par Judith Brown dont les amateurs de pellicules sexy des années 70 souvent à la frontière de la blacksploitation (The Big Doll House, Femmes en cages, The Mandhanders) gardent un souvenir humide. Arthur Marks, d'ailleurs un des réalisateurs emblématiques de ce sous-genre destiné au public afro-américain (Friday Foster) la filme amoureusement, parfois même jusqu'à l'indigestion quand il s'arrête longuement sur la projection des photos et bobines exécutées par le mari (Keenan Wyn) trop fier de l'exhiber à la manière d' un trophée à ses enfants dans une mise en scène un brin crapoteuse.
Comme son titre le suggère, A Woman For All Men propose un triangle amoureux entre un riche entrepreneur vieillissant et brutal, sa nouvelle (jeune) épouse au passé trouble et l'un des fils du paternel qui ne tarde pas à succomber aux charmes vénéneux de sa belle-mère en une relation malsaine qui ne peut que déboucher sur la mort. Mais le métrage échoue autant comme drame sexuel que comme film noir, la faute à une réalisation aux images certes léchées mais parfois trop dilettante (des faux raccords lumière à foison dans la dernière partie) et à une Judith Brown qui réussit davantage à exsuder le sexe par tous les pores et à chauffer tous les mâles de la distribution qu'à traduire les fêlures embuées de mélancolie affleurant d'un personnage complexe qui méritait sans doute une comédienne au jeu moins limité. Face à elle, Keenan Wyn appuie un peu trop sur l'animalité antipathique et excessivement virile alors que Andy Robinson, révélé quelques années plus tôt par son rôle de tueur psychopathe dans Dirty Harry (1971), dégage une présence magnétique qui fait regretter que le cinéma ne l’ait pas plus – et mieux- utilisé. Trognes familières, Alex Rocco, Don Porter et Peter Hooten complètent l’affiche de ce film curieux dont le matériau relativement ambitieux se coule mal dans ce format de série B sexy comme s’il hésitait maladroitement entre la légèreté du divertissement grivois et la gravité du thriller conjugal… (17.04.2022) ⍖⍖



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