KröniK | Ikarie - Arde (2023)


Ikarie nous a fortement impressionné avec son premier album, alliage douloureux de doom death et de post metal. Deuxième chapitre d'une trilogie déprimante qui ausculte le sombre destin de personnages englués dans la noirceur, Arde reprend donc les choses là où les a laissées Cuerpos En Sombra. Mais il va beaucoup plus loin que son aîné aussi bien en terme de tristesse que de réussite. La tristesse suinte en premier lieu de ces plaintes instrumentales, qui mitaient déjà le premier album et atteignent ici des sommets de désespoir. En quelques (petites) minutes, les Espagnols y déversent plus de mélancolie et de regrets que des palettes entières d'offrandes funèbres. Avec son piano désaccordé, 'Sacrificio' installe le cadre dont on comprend qu'il sera encore plus dramatique que celui arpenté par Cuerpos En Sombra. Plus cruel aussi. Sans aucun espoir de retour, plongée mortifère dans les replis les plus noirs de l'âme humaine. Le groupe cite le concept de la banalité du mal développé par Hannah Arendt à l'occasion du procès de Eichmann, lequel démontre que le mal le plus absolu nait de la médiocrité et de situations particulières qui favorisent son éveil et n'est pas le simple fait d'hommes exceptionnellement mauvais et presque fascinants dans leurs atours maléfiques. Les racines du mal sont au contraire enfouies dans la banalité, dans le quotidien. 


Tel est un peu en substance le fil rouge de cet opus qui s'achève comme il a débuté, dans la peine la plus profonde. Egrené par ce piano désolé, 'Flores En El Asfalto' est une pièce bouleversante dont les larmes continuent de vous hanter longtemps après que l'écoute se soit tue. Entre ces deux complaintes qui se répondent, s'enchaînent des compositions robustes en un chemin tuméfié que jalonnent d'autres perforations instrumentales toutes aussi tragiques,'40D' et plus encore 'Kanno Sugako', qui gronde d'une force souterraine déchirante, polluée par de sévères et étouffées psalmodies. Une rage cataclysmique explose de ces blocs punitifs que sont 'Tomie' ou 'La Sed', lourds édifices sillonnés par une tension abyssale mais que des lignes de guitares obsédantes teintent d'une beauté solitaire. Le chant de Pablo Egido résonne à nouveau comme un cri de souffrance et de haine. Pétrifiées, ses lignes vocales agissent à la manière de foreuses fouillant les corps et les âmes, ce dont témoigne ce 'Titane II', plein d'une amertume à la fois teigneuse et envoûtante. Bloc indivisible qui se doit d'être appréhendé dans sa froide et âpre globalité, Arde est une oeuvre difficile, exigeante, austère dans sa désolation immersive, belle dans sa puissance dramatique. Il ouvre la voix à un troisième et dernier chapitre qu'on attend avec une grande impatience, ultime côté d'un tertre qui se dressera alors dans toute grandeur doloriste. (04.03.2023) ⍖⍖⍖

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