Alors que Gaerea a livré son troisième album, Mirage, en septembre dernier, son chanteur et guitariste a néanmoins trouvé le temps de graver avec Oak (qu'il ne faut pas confondre avec la dizaine d'autres groupes homonymes) le successeur de Lone grâce auquel nous avions découvert en 2019 ce projet parallèle qu'il mène avec le batteur Pedro Soares, un ancien membre de Gaerea, lui aussi. Ceux qui ne connaitraient pas encore le duo et seraient d'y butiner le même black metal atmosphérique que forge Guilherme Henriques avec son principal port d'attache, en seront pour leur frais. A l'art noir torrentueux, Oak préfère arpenter la terre, pas plus joyeuse d'ailleurs, d'un doom death aux coutures funéraires. Alors que son galop d'essai sous cette bannière démontrait déjà l'appétence des Portugais pour les compositions étirées, Disintegrate les voit aller beaucoup loin, repousser les limites en ne proposant qu'une seule piste de près de 45 minutes. S'il étonne aujourd'hui, cet exercice reste encore assez rare et surtout ô combien casse-gueule, s'exposant par nature aux errements et maladresses et ce, quand bien même, le doom funèbre se prête plus que tout autre genre à ce format colossal. Combien est grand le risque pour celui qui tente de s'y frotter de s'embourber dans l'ennui, incapable de maintenir l'intérêt sur une durée aussi longue. Le doom se prête à l'entreprise, comme nous l'avons noté mais, par sa monotonie assumée, ce marathon peut lui être tout aussi fatal. Qu'en est-il de ce deuxième album ambitieux ?
Nonobstant les belles qualités affichées par Gaerea, nous doutions malgré tout que Guilherme Henriques, qui en est le principal auteur, triomphe totalement de ce chemin tortueux semé d'embuches. Or, contre toute attente, il n'en est rien. Mieux, le musicien déploie une inspiration et une maitrise inédites. Durant trois quart d'heure, il nous entraine avec lui, sans jamais nous perdre, creusant du tout long des paysages certes engourdis par le désespoir mais toutefois suffisamment riches et variés pour ne pas ennuyer. Cette pièce commence en douceur, par de fragiles accords aux sonorités post rock. L'ambiance est intimiste mais on devine peu à peu une tension qui gronde dans ses soubassements. Impression confirmée par ce chant caverneux qui surgit au bout de trois minutes environ. La six-cordes elle même se fait plus mélancolique, tissant une toile dont chaque fil est note de tristesse. Le rythme est lent, presque suspendu. Quasi immobile. Progressivement, les traits se durcissent, l'atmosphère n'est plus aux regrets mais à la désolation tandis que la batterie accélère le tempo, poussant la complainte dans une inexorabilité torrentielle. Par la suite, 'Disintegrate' dévide sa noirceur abyssale en oscillant entre la beauté déchirante du post rock et la dureté d'une descente brutale dans les profondeurs d'une mine de charbon, le tout nimbé d'un lointain voile ambient. Reste que cette rapide description ne saurait rendre tout à fait justice à cette composition que seule écoute attentive permet d'en déceler tous les trésors. Dans tous les cas, Oak a réussi haut la main l'exercice de l'album érigé sur une seule piste, faisant de Disintregrate un voyage passionnant dans les méandres de l'intime le plus sombre et funeste. (19.02.2023) ⍖⍖⍖


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