Il n’est jamais trop tard pour découvrir un bon album. Ainsi, c’est quand même avec un an de retard que nos cages à miel se posent – enfin ! - sur The Giant’s Dream, galop d’essai longue durée de Warcoe, trio italien déjà flairé un peu plus tôt grâce à un EP éponyme de première bourre. La bestiole est tout d’abord publiée en format digital et CD en mars 2022 puis en cassette par Morbid And Miserable Records deux mois plus tard avant que Helter Skelter Productions, la sous-division de Regain Records, ne la réédite aujourd’hui, en vinyle notamment. Voilà pour l’historique. Bon, tout ça c’est bien mais ne nous ne dit pas ce que c’est, Warcoe. La créature bizarre et effrayante qui orne ses pochettes semble vouloir arrimer le groupe au black metal. Or il n’en est rien puisque Stefano (chant, guitares), Carlo (basse) et Francesco (batterie) exécutent en fait un bon vieux doom des familles. Mais sombre néanmoins, le doom, un peu occulte aussi sur les bords et tout simplement sabbathien dans l’âme, période Ozzy évidemment (‘Church Of Void’). Difficile à ce titre de ne pas songer au prince des ténèbres à l’écoute de cette voix de canard enrhumé. Qui dit doom dit généralement tempo plombé, progression enlisée dans une lenteur mélancolique ou échappées épiques. Rien de tout cela pourtant chez Warcoe même si toute trace de gaîté est éconduite d’une musique aussi pesante que visqueuse qui parfois ne manque d’ailleurs parfois pas d’élan (‘Cats Will Follow’).
Huit psaumes se serrent dans un menu trapu de moins de quarante minutes au garrot, c’est dire combien le doom forgé par les Ritals privilégie toujours l’accroche directe, la morsure qui imprime dans la peau de profondes plaies, plutôt que les longues et lentes processions funèbres. De ce genre doloriste, le trio retient une définition ni sentencieuse ni flamboyante, à laquelle il préfère la simplicité d’une approche dépouillée. Son format resserré – guitare / basse – batterie - participe évidemment de cette épure à la fois ascétique et rocailleuse. Réduit à sa plus noble expression, ce qui ne l’exonère ni d’une sève émotionnelle ni d’atmosphères années 70 qui transpirent notamment du très bel instrumental ‘Omega Sunrise’, ce doom est avant tout bâti sur un socle mélodique solide et obsédant. Warcoe a retenu que les meilleures chansons sont encore celles dont on se souvient, celles qui vont à l’essentiel et creusent dans la mémoire de durables stigmates, sans pour autant être dégraissées d’un sévère quota de plomb. Tel est le cas, outres les compostions déjà citées, des ‘Giant’s Dream’, ‘Thieves, Heretics And Whores’ ou ‘Fire And Snow’ qui vous hantent longtemps après que l’écoute se soit achevée. Creuset d’un heavy doom délicieusement old school, The Giant’s Dream est, selon la formule consacrée, un coup d’essai aux allures de coup de maître, qui propulse d’emblée Warcoe parmi les jeunes pousses les plus prometteurs du genre. (29.03.2023) ⍖⍖⍖


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