CinéZone | Richard Lester - Le Knack... et comment l'avoir (1965)


Le knack, qu'est-ce que c'est ? C'est le pouvoir d'emballer les filles. Une sorte de don mystérieux que possède Tolen, un dandy gommeux et dont aimerait être pourvu Colin, professeur sexuellement frustré. Dans un swinging london fantasmé que berce les accords jazzy de John Barry et habille un noir et blanc lumineux, Richard Lester déambule sa caméra turbulente, collée à cette jeunesse éprise de liberté. Coincé dans la carrière du réalisateur entre les deux aventures des Beatles, Quatre garçons dans le vent (1964) et Help (1965), qui l'ont imposé comme un des nouveaux maîtres de la comédie britannique (alors qu'il est américain !), Le Knack... et comment l'avoir est une oeuvre de son temps. A la grande liberté de ton répond une folie technique et visuelle qu'aliment aussi bien un montage joyeusement désordonné que cette façon dont le personnage principal s'adresse à la caméra. Absurde et délirant, l'humour s'inspire des comédies du muet et des dessins animés aux gags débridés (la consigne, la palissade composée de multiples portes qui s'ouvrent les unes après les autres comme dans un Tex Avery) tandis que les commentaires en voix off de badauds, ménagères pincées ou vieillards réprobateurs, témoignent avec amusement du classique conflit générationnel dans une Angleterre moralement encore corsetée. Ces anciens jugent à sévérité cette jeunesse débraillée, ces gamines  (trop) court vêtues qui se vautrent dans le stupre.  

Exhibant des filles (dont les débutantes Jacqueline Bisset, Jane Birkin et Charlotte Rampling) serrées dans des corsets moulants qui se confondent avec des mannequins dans une vitrine de magasin, Le Knack pourra sembler misogyne alors qu'il égratigne au contraire le sexisme ambiant qu'incarne ce Tolen gluant et peu sympathique. Là réside d'ailleurs le principal défaut de ce film dont les protagonistes se révèlent aussi peu attachants que dénués de toute profondeur, appelant à leur détriment la comparaison avec le Alfie de Lewis Gilbert, dragueur mieux écrit car plus complexe. Et personnifié il est vrai par un Michael Caine à la présence plus subtile. Malgré son matériau léger dont Lester a su toutefois aérer l'origine théâtrale, Le Knack... et comment l'avoir souffle une vitalité qui a séduit le festival de Cannes au point de lui octroyer une surprenante Palme d'or.  Moins pour le vent de liberté qu'il exhale de cette façon loufoque et iconoclaste à la mode que pour ses qualités intrinsèques. Du mouvement, de l'énergie, des idées certes pour un résultat néanmoins aussi rafraîchissant que vain. Et aujourd'hui daté. (04.05.2022) ⍖⍖



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