S'il n'est emballé que par le modeste Camillo Bazzoni, auteur d'une petite poignée de bobines entre 1968 et 1972 (dont le western L'évadé de Yuma) et qu'il ne faut pas confondre avec son frère aîné Luigi (Journée noire pour un bélier, Le Orme), Abus de pouvoir n'en demeure pas moins un polar italien tout à fait recommandable. Vaguement inspiré de l'assassinat du journaliste Mauro De Mauro, il tire d'une part sa valeur de sa position charnière entre le réquisitoire politique dénonçant l'emprise de la Mafia (La Mafia fait la loi, Cadavres exquis...) et le poliziottesco, ces films noirs spaghetti enracinés dans le terreau social et contestataire des années 70, sans pour autant totalement partager ni la puissance pessimiste du premier ni la violence nerveuse du second.
La sécheresse sanglante poisse néanmoins un récit qui se solde par la mort du flic en une conclusion désenchantée. D'autre part, Abuso di Potere peut compter sur une solide distribution. Si Umberto Orsini disparaît (trop) vite de l'écran, Raymond Pellegrin assure une forte présence, négociant alors avec les polars italiens une seconde carrière, et Marilu Tolo irradie sa beauté de son regard d'azur perçant. Mais c'est avant tout Frederick Stafford qui étonne agréablement. OSS117 athlétique mais figé puis héros du plus mauvais Hitchcock (L'étau), il campe avec une fermeté brutale ce policier aux méthodes expéditives. Certes toujours assez peu expressif, il démontre cependant que le polar dur à cuire sied à son physique que l'âge a buriné. Ajoutez à cela une jubilatoire poursuite en bagnoles, souvent filmée de l’intérieur et vous obtenez à l’arrivée un poliziottesco qui, sans figurer parmi les plus réussis du genre, ménage un spectacle tendu et sans bavures, féroce et désabusé tout ensemble. (01.06. 2022) ⍖⍖


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