Ursular tète les mamelles ô combien généreuses du stoner doom conjugué au féminin. Un de plus penserez-vous. Oui mais pas seulement car les Teutons cochent certes toutes les (bonnes) cases du genre (chant engourdi par une solennité féminine, ambiances délicieusement psyché, guitares sévèrement plombées) auquel ils impriment toutefois leur différence par l'ajout aussi curieux que réussi d'un saxophone (!), instrument dont on mesure qu'il est finalement trop rare dans le doom comme dans d'autres styles alors que son usage se révèle pourtant toujours intéressant et décisif, témoin les travaux d'un Solefald par exemple (sur In harmonia Universali ou Red For Fire). Son utilisation a donc inspiré aux Berlinois une étiquette inédite, le saxodoom qu'ils sont les seuls à revendiquer. Gageons que la très belle tenue affichée par Preta donnera peut-être des idées à d'autres, nous verrons bien. Le groupe a pris son temps pour enfanter ce premier album puisqu'il faut remonter à cinq ans déjà pour trouver la trace de son (petit) devancier. Mais l'attente est plus que récompensée par cet opus qui fructifie effrontément les juteuses promesses de ce EP éponyme qui n'a certainement pas susciter l'intérêt qu'il méritait.
Ursular prend donc son temps. Et doublement car ses chansons aussi. Oscillant entre sept et onze minutes au compteur, c'est peu dire que celles-ci déroulent leur canevas tranquillement. Ce qui ne grève en rien leur impact, fortes d'une accroche qui ferre d'emblée le pèlerin. La voix sentencieuse de Babett Richter n'y est évidemment pas étrangère mais son saxophone qui semble étonnamment lui répondre en suintant ce même grain cérémonieux, y contribue plus encore. Il inocule surtout ces teintes nocturnes qui se marient admirablement avec le doom dont il souligne la mélancolie crépusculaire. Assurément, il confère du corps à ces compositions rampantes. Malgré quelques éclairs de folie - le chant par exemple n'hésite pas à se muer en cris - le tempo est lent, qui englue dans une geôle terreuse des musiciens à l'unisson d'un accablement ténébreux. Guitare tellurique et rythmique rocailleuse ne se réduisent ainsi pas à de la figuration, elles bétonnent le socle épais sur lequel peuvent s'accrocher, s'enraciner, les interventions de Babett souvent hypnotiques (l'immense 'Livores'), toujours puissamment émotionnelles ('Siren'). Sans elle, ses mélopées déclamatoires et son instrument si particulier dans le genre, il est évident que le doom sculpté par les Allemands n'aurait pas la même force tant il est construit autour de sa maîtresse de cérémonie dont les éruptions à la fois fiévreuses et obsédantes l'irriguent et le plongent dans une obscurité déchirante. Selon la formule consacrée, Ursular signe un coup d'essai aux allures de coup de maître tant le recours au saxophone lui donne à la fois sa raison d'être et renouvelle le genre dont il intensifie plus encore l'éclat noir et mystérieux. Une révélation ! (05.08.2023) ⍖⍖⍖


Commentaires
Enregistrer un commentaire