Attention, ne nous emballons pas, Crookhead n’est pas (déjà) le successeur de Fenice que les Italiens ont gravé en 2022 mais une rondelle 3 titres de moins de vingt minutes au jus. Il aurait d’ailleurs été étonnant que tel fut le cas venant d’un groupe qui n’a jamais franchement été réputé pour son stakhanovisme. En vérité, cette petite triplette est le fruit de sessions qui se sont tenues en juillet 2022, soit seulement quelques mois à peine après la sortie de son prédécesseur qui scellait le retour du trio après un hiatus écourté. Ce qui justifie à la fois le peu de temps (relatif) qui sépare Crookhead de Fenice ainsi que l’évidente proximité de style qui les cimente. De fait, ce EP poursuit l’évolution entamée par son aîné qui a vu Ufomammut déserter quelque peu le stoner psyché et cosmique auquel l’ont associé les enclumes Idolum (2008) ou le diptyque Oro (2012), lui préférant désormais une expression plus directe, plus doom assurément quoique toujours aussi brute et grumeleuse. Ceux qui ont aimé Fenice goûteront ce Crookhead dont il est en quelque sorte l’excroissance, moins peut-être les aficionados de la première heure (la meilleure, il est vrai). Mais les Ritals sont cultes et leur semence, même frugale, ne se refuse pas !
(Très) riche en gras, ces trois saillies affolent le compteur Geiger, capables de faire trembler les murs depuis les entrailles de la terre. Sale et visqueuse comme une marée noire, la guitare est pachydermique, guidée par le sacro saint riff velu, la rythmique aussi rapide qu’un escargot sous Valium et le chant, lointain et pollué par des réverb, ahane des paroles noyées sous une épaisse couche d’effets. Du haut de ses neuf minutes au garrot (soit la moitié du menu), le morceau-titre ressemble à une grosse jam infernale qu’enveloppe une ambiance à la fois tellurique et cosmique. Plus trapu, ‘Supernova’ insiste plus encore sur la dimension spatiale, reléguant la voix du bassiste Urlo au rang d’accessoire secondaire, laquelle doit attendre les dernières mesure pour envahir enfin l’espace, mais c’est toujours aussi lourd, presque menaçant. Quant à ‘Vibrhate’, il est évidé dans une même roche en fusion, cloué au sol par un tempo de mammouth en rut. S’il martyrise les aiguilles du Vumètre de la chaine hi-fi, Crookhead laisse cependant un goût d’inachevé, moins pour sa (trop) courte durée que pour le caractère embryonnaire des trois titres qu’il rumine, certes ultra plombés et patibulaires mais inaboutis, comme s’ils avaient été amputés d’une partie de leur développement, de leurs ramifications. Ce qui est particulièrement évident pour les deux derniers d’entre eux, aux allures tenaces d’ébauches, de brouillons. Cette galette est à donc prendre pour ce qu’elle est, goudronneuse tranche de doom bourru destiné à épancher la soif en riffs granitiques de ses fans auxquels Ufomammuth offre ce cadeau, complément d’un Fenice dont il creuse le même sillon plus heavy que psyché qui nous fait dire que les Italiens ont perdu en fascination tordue ce qu’ils ont gagné en puissance volcanique. (01.12.2023) ⍖⍖


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