Présenté comme un des premiers pinku, ces films érotiques japonais, a avoir été exportés, L'amour derrières les murs n'en décevra pas moins les vicieux qui s'attendraient à y sucer un spectacle corsé. Point d'érotisme ici mais plutôt une ode mortifère, glauque et bizarre que le noir et blanc pousse aux confins du symbolisme. Certes étalée à l'écran, la nudité est filmée par Kôji Wakamatsu d'une manière clinique, presque chirurgicale, dénuée de la moindre trace de sensualité sinon de plaisir. Précédant les travaux de David Cronenberg, il ausculte les chairs, transformant une cicatrice en une espèce d'excroissance sexuelle, tache souillée qui semble vivre, grossir, palpiter d'une semence impure. Les gros plans scrutent une jouissance impavide, désincarnée.
Ce récit funèbre d'un étudiant frustré plus attiré par ses voisins (et sa sœur !) qu'il épie à la longue vue que par ses leçons, sert de prétexte à illustrer la solitude misérable d'une humanité prisonnières de cités dortoirs sinistres dont elle ne peut s'échapper. Le voyeurisme d'un jeune homme sexuellement refoulé nous dévoile la vie morne de plusieurs couples enfermés dans des logements aux allures de geôle, réservoir de souffrances et de mal-être dont ces erres aimeraient s'affranchir, s'évader sans jamais y parvenir. L'amour derrière les murs est une œuvre malsaine et belle tout ensemble qui dérange autant qu'elle envoûte et dont l'ascétisme visuel sert d'écrin à la froide découpe de personnages perdus dans une urbanité désolée que le soleil et l'espoir ne semblent jamais atteindre. (02.11.2022) ⍖⍖



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