Malgré la tripotée d'œuvres majeures qu'il a offertes depuis la fin des années 50, Blake Edwards reste avant tout associé à La panthère rose et ce, à juste titre. Aucun autre long métrage n'est à l'origine d'un dessin animé et d'une série de films (Le retour de la panthère rose, Quand la panthère rose s'emmêle...). Il faut dire déjà que tout a été réuni pour cela soit une réussite. Triomphe du slapstick, le scénario est une petite merveille de construction comique. Introduit par un générique animé d'une grande originalité et qui donne immédiatement le ton, le film bénéficie en outre des talents conjugués de Philip Lathrop comme directeur de la photographie (il signera plus tard celle de Deux hommes dans l'Ouest) et de Henry Mancini pour la musique (la plus belle qu'il ait sans doute jamais composée), un fidèle de Blake Edwards lui aussi. Les bouchées doubles ont été mises également pour la distribution qui rassemblent des comédiens tous très en forme, de la star vieillissante David Niven au jeune premier un peu terne (Robert Wagner), en passant par la bombe italienne, Claudia Cardinale alors en pleine ascension. A l'origine, le vrai héros du film devait être David Niven mais ce dernier, malgré tout son talent et son charme raffiné, se fera finalement voler la vedette par Peter Sellers, acteur génial dont le talent jusque là assez peu reconnu, a explosé cette année-là avec son triple rôle dans le Dr Folamour de Stanley Kubrick. Le public ne voit que lui et en redemandera, d'où les multiples suites tournées jusqu'à sa mort. Sa création de l'inspecteur Clouseau s'avère en tout point formidable et touche au génie. Jamais les gaffes, la maladresse, n'avaient été aussi bien exploitées. Il ne peut toucher quelque chose sans le casser, retirer sa robe de chambre tient pour lui de la mission impossible... De plus, Sellers demeure toujours d'un naturel exemplaire et n'a pas l'air de jouer.
C'est pourtant tout un ensemble de gestes, de postures, toute une mécanique parfaitement étudiée et élaborée que l'acteur déploie. Avec son imperméable et son chapeau, Clouseau est entré dans la mythologie du septième art et c'est à son interprète qu'il le doit, comme le démontera à ses dépens Alan Arkin qui a eu la lourde tâche de remplacer l'Anglais (quelle hérésie !) dans L'infaillible inspecteur Clouseau (1968) de Bud Yorkin. La panthère rose s'avère par ailleurs particulièrement représentatif de l'humour que Blake Edwards a développé tout au long de sa carrière, mélange de sophistication et de délire à peine contenu, très proche aussi du burlesque dont il était un grand admirateur (La grande course autour du monde ou La partie l'illustreront), recette efficace qui ne serait pas ce qu'elle est sans une pointe de grivoiserie. Tous ces éléments se combinent en une spirale paroxysmique. Au début, le comique délivré par le réalisateur semble plutôt sage mais bascule progressivement dans une folie délirante. Cet humour dévastateur culmine lors de deux scènes dans lesquelles Edwards prouve l'étendu de son talent. La première est la séquence de la chambre à coucher qui se fait le théâtre d'une valse entre amants et mari autour de Capucine. Peter Sellers y atteint des sommets dans l'art de la maladresse et de la naïveté. La seconde correspond au bal masqué que peuplent gorilles et flics déguisés en zèbres ! Lors de sa sortie en salle, le film rencontre donc un immense succès, incitant ses géniteurs à mettre rapidement en chantier un deuxième épisode : Quand l'inspecteur s'emmêle (1964), dans lequel le véritable héros devient Clouseau, rôle que Peter Sellers aura alors tout le loisir d'approfondir. (28.01.2023) ⍖⍖⍖⍖



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