Ulvtharm - 7 Uthras (2024)


Derrière Ulvtharm se cache évidemment Jouni Ollila, fondateur avec Henrik Nordvargr Björkk du matriciel MZ. 412. et figure respectée des musiques industrielles et électroniques. Sous cette bannière écartelée entre puls(as)ions martiales, EBM oppressant et dark ambient rituel, l’homme a enfanté Wreko, premier essai ténébreux au pouls angoissant. 7 Uthras reprend les choses là où le Suédois les a laissées en 2022. Même label (l’indispensable Cyclic Law), même illustrateur (Axel Torvenius) et surtout même réussite dans un registre aussi immersif qu'inquiétant et néanmoins envoûtant. Car toute la force de Ulvtharm réside dans cette capacité assez unique à peindre des paysages sonores désincarnés que polluent par des tumeurs stridantes sans jamais s’exonérer d’une forme de beauté qui gronde depuis les entrailles d’une humanité malade.  Comme son titre l’annonce, 7 Uthras se (dé)compose en sept pistes, sept tableaux successifs et complémentaires incarnant chacun une entité différente tapie depuis le fond des âges dans les replis de la terre dont elle dévore la lumière et le plus petit souffle de vie. Comme il l’avait réalisé avec Wreko, Jouni explore les profondeurs de la psyché humaine, qu’il fouille et remue à l’aide d’une vaste palette de kystes sonores. 

Une ambiance, une couleur distinctes définissent chacune de ces sept complaintes. Parasité de psalmodies autoritaires, ‘Plague’ grouille d’une force industrielle suffocante et hallucinée. Ferrugineux et hypnotique, ‘Sinners Will Inherit The Earth’ accouple pulsations martiales et fibromes électroniques. Sillonné de lueurs abrasives, ‘New Dawn’ frémit sous les pistons post-indus et technoïdes d’une usine désaffectée. A partir de ‘All Hail The Serpents’ et son élévation obsédante, l’oeuvre se fait plus envoûtante, résonnant d’un écho douloureux presque liturgique qui évoque Raison d’Etre (‘Blood Letting Of Magna Mater’), quoiqu’elle ne déserte jamais la noirceur mortifère charnier bruitiste (‘Blvck Daath’) puis culmine lors du terminal ‘The Beginning And The End’, lente rumination ambient qu’égrène un son d’orgue hanté peu à peu secoué par un martèlement totalitaire. De ce magma émotionnel qui fusionne des choeurs enveloppants au fracas d’une humanité rongée par la violence, suinte une beauté immense dont on croit qu’elle brille d’une pale lueur d’espoir mais meurt en vérité dans un abîme de désolation. Symphonie à la fois déglinguée et captivante, 7 Uthras propose un voyage  cathartique aux multiples ramifications qui confirme la puissante sève créatrice qui coule dans les veines de ce Ulvtharm dans lequel le Suédois véhicule ses tourments et ses obsessions. (17.04.2024) ⍖⍖⍖

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