Rudolph Maté - D.O.A. / Mort à l'arrivée (1950)


Si son importance comme réalisateur n’égale pas, loin s’en faut, celle dont il jouit comme directeur de la photographie, chef opérateur parmi les plus renommés du cinéma (Correspondant 17, Lady Hamilton, Gilda, La dame de Shanghai…), Rudolph Maté n’en a pas moins signé une poignée de bobines tout à fait honorables qui font le bonheur des cinéphiles. De la série B certes mais toujours agréable, jamais ennuyeuse même si tous ses films ne se valent pas. Les meilleurs – et les plus appréciés – sont aussi les premiers, dans des registres divers, western (Marqué par le fer, Le gentilhomme de la Louisiane, Les années sauvages), aventures historiques (Le chevalier du roi), SF (Le choc des mondes) et surtout le film noir qui lui a inspiré Midi gare centrale, Passion sous les tropiques et bien sûr Mort à l’arrivée, peut-être le plus fameux de tous.  Celui-ci doit tout d’abord son statut privilégié à son scénario astucieux, sous forme d’un long flash-back par surcroît, et dont le caractère insolite porte la griffe de Russell Rouse qui l’a écrit avec Clarence Greene. Un homme sans histoire, notaire de métier, découvre qu’il a été empoisonné et que, condamné, il ne lui reste plus que quelques jours voire quelques heures à vivre. Il décide alors de mettre toute son énergie à identifier ceux qui l’ont tué et pourquoi. Le dénouement est donc connu d’emblée, les ressorts du suspense sont à chercher ailleurs, dans cette quête désespérée de la vérité en une course contre la mort perdue d’avance qui se double pour le malheureux d’une plongée paranoïaque dans un monde nocturne, interlope et menaçant qui lui était étranger. 


D.O.A. dépeint une vision très sombre de l’Amérique que peuplent des hommes et des femmes cupides. Le mal n’y est pas (ou plus) uniquement le fait de bandits, d’escrocs au demeurant patibulaires (Neville Brand a la sale gueule de l’emploi) mais de personnes à l’apparence honnête, intégrées dans la société, que l’appât du gain pousse néanmoins à assassiner les témoins gênants de leur machiavélique entreprise. La partition novatrice de Dimitri Tiomkin, la mise en scène de Rudolph Maté qui soigne cadres et travellings fouillant les décors d’un San Francisco plus inquiétant que pittoresque, ainsi que la photographie aux ombres expressionnistes qu’il confie à Ernest Lazlo (Stalag 17, Vera Cruz…) soulignent une ambiance de cauchemar éveillé. Le film tire enfin une bonne partie de sa force de l’interprétation tragique mais déterminée de Edmond O’Brien qui traduit très justement la panique qui s’empare de son personnage. Il se montre par ailleurs touchant lorsque la mort imminente lui révèle les sentiments qu’il n’aura jamais su déclarer à la femme qu’il aime. Acteur trop sous-estimé alors que sa filmographie, où se côtoient L’enfer est à lui, Le cran d’arrêt, Le voyage de la peur, La comtesse aux pieds nus ou Sept jours en mai, indique le contraire, O’Brien trouve là un des meilleurs rôles. Un remake évidemment sans intérêt sera tourné en 1988 avec Dennis Quaid et Meg Ryan.(12.05.2023) ⍖⍖⍖


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