Je me souviens avoir acheté ensemble, dans un petit vidéoclub depuis longtemps fermé et remplacé, les VHS de Sacré Graal et de Jabberwocky et de les avoir visionnés dans la foulée. Le second m'avait alors quelque peu déçu car je m'attendais à y butiner ni plus ni moins qu'un autre film des Monty Python, dans la lignée de Sacré Graal par surcroit. Or ce galop d'essai en (presque) solitaire de Terry Gilliam, s'il demeure tributaire du style ravageur du sextet, n'en porte pas moins déjà la signature du futur auteur de Brazil quoique évidemment balbutiante. De fait, Jabberwocky hésite entre l'humour absurde des Monty Python et l'univers plus fantasmagorique du cinéaste. La présence de Michael Palin en héros candide et celle plus anecdotique de Terry Jones, des dialogues où règne ce non-sens britannique aussi savoureux que jubilatoire et certaines situations qui ont un air de "déjà-vu" arriment de facto le film au groupe de John Cleese et à Sacré Graal en particulier.
Mais ces images brumeuses illustrant un Moyen Âge fangeux et finalement plutôt réaliste dans sa laideur et que peuplent des loqueteux aux gueules bizarres, comme ce monde souterrain grouillant dans les entrailles de cette citadelle, portent en eux les germes de l'univers à la fois grotesque et délirant de Gilliam. Le film balance aussi entre un humour un brin scatologique et une ironie gourmande qui raille les politiques de tous temps, à l'image de ce roi rabougri terré dans son palais ou bien la faculté immuable chez l'homme de tirer profit de tous les malheurs (cf. ces églises qui ne désemplissent plus depuis l'apparition de la bête). Maladroit et décousu en ce sens où il apparait comme l'empilement de séquences indépendantes les unes des autres à la manière de scénettes, Jabberwocky reste le film le plus "Monty Python" de Terry Gilliam qui ne s'en est pas encore affranchi, raison pour laquelle il a finalement ma préférence, mélange d'humour absurde et d'une esthétique fantastique et baroque. (30.05.2023) ⍖⍖⍖



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