CinéZone | Rob Reiner - Quand Harry rencontre Sally (1989)


Lorsque Quand Harry rencontre Sally sort sur les écran en 1989, la comédie romantique, sous-genre typiquement américain auquel Howard Hawks (L'impossible monsieur bébé), Ernst Lubitsch (Rendez-vous) ou Billy Wilder (La garçonnière) ont donné quelques unes de ses lettres de noblesse, est depuis longtemps tombé en désuétude. L'immense succès qu'il rencontre alors réveille ce genre moribond qui d'un coup revient à la mode. Suivront avec plus ou moins de bonheur et d'inspiration Nuits blanche à Seattle (1992), Vous avez un message (1998) que Nora Ephron, scénariste de Quand Harry rencontre Sally tournera dans le but évident (la présence de Meg Ryan) de renouveler le triomphe commercial de ce dernier. En vain. Ce sont finalement les Anglais, avec notamment Quatre mariages et un enterrement (1994) de Mike Newell, qui réussiront le mieux l'exercice, mais ceci est un autre sujet. Trente-quatre ans plus tard, le film de Rob Reiner n'a étonnamment rien perdu de sa force comique. C'est la marque des grandes comédies, celles auxquelles le temps ne parvient pas à éroder la sève. Ce qu'il doit à des joutes verbales dans la belle tradition des années 30 et 40, mitraillées par un couple d'acteurs qui ne sera plus jamais aussi bon (Billy Crystal génialement angoissé qui ne semble faire aucun effort pour être désagréable, Meg Ryan craquante, qui s'amuse de ce rôle faussement nunuche), sans compter une analyse plus fine qu'il n'y parait des rapports entre les hommes et les femmes.  


Harry et Sally font connaissance à la fin des années 70 mais ne s'apprécient guère ; ils finiront pourtant bien plus tard par tomber amoureux. Le sujet est classique et l'issue ne réserve donc aucune surprise. L'intérêt ici est de détourner les invariants de la comédie à l'eau de rose. Ce qui passe déjà par ce mélange aussi percutant que jubilatoire entre un bonhomme cynique et névrosé à souhait qui a quelque chose d'un Woody Allen en plus espiègle et une jeune femme bêtement fleur bleue, caricature de la midinette et bourrée de manies ridicules par surcroît, capable de s'imbiber les cheveux de laque avant de se rendre dans un banal routier ! Les interventions de plusieurs vieux couples annonçant l'évolution des rapports entre les deux personnages forment par ailleurs des transitions astucieuses tandis que le couple d'amis campé par Carrie Fisher et Bruno Kirby agit comme un reflet symétrique dont l'évidente simplicité s'oppose aux rapports forcément compliqués entre Harry et Sally. Une scène culte bien sûr, celle de l'orgasme que simule la jeune femme dans un restaurant pour prouver à son ami qu'il est si facile de berner les hommes au sujet de leurs performances sexuelles et leur capacité à faire jouir leur partenaire, à laquelle on préfère pourtant celles des premières rencontres, hilarantes. Voir Billy Crystal qui tente de convaincre Meg Ryan qu'il est plus sombre et tourmenté qu'elle, tout en crachant des pépins de raisin contre la vitre de la voiture qu'il croit ouverte, est tout simplement un grand moment. Sans jamais patauger dans la sirop, Quand Harry rencontre Sally n'a donc pas pris une ride, dépoussiérant avec une jubilation gourmande et acérée les standards de la comédie romantique qui ne trouvera finalement plus guère écrin aussi drôle et intelligent. (03.07.2023) ⍖⍖⍖


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