Initialement publié sur l'éphémère label de Kwaforth, l'âme suicidaire de Shining, cette première prière noire des Suédois d'Ondskapt est aujourd'hui rééditée par Adipocere, via sa sous-division Oaken Shield. Bien lui a en pris tant cette rondelle maléfique méritait bien, après être passée entre les mains d'une petite structure foireuse, une seconde vie. Oh, non pas que la face du black metal eut été changée si Draco Sir Mihi Dux avait bénéficié d'une meilleure exposition dès sa sortie, mais celui-ci se révèle suffisamment intéressant pour plaire à tous les défenseurs d'une certaine vision du metal noir, celle qui préfère les longues complaintes lancinantes et morbides, les lentes et agonisantes reptations dans un caveau transylvanien, à la pure annihilation en règle qui détruit sur son passage avec une finesse aux abonnés absents. Mais présenter Ondskapt n'est pas chose aisé tant le groupe, mû par un intégrisme underground admirable qu'incarne un logo absolument illisible et le refus de faire figurer sur le disque, le moindre nom de morceaux, le moindre crédit concernant sa réalisation, la moindre photo , ne nous facilite pas la tache.
Privés de toutes ses balises, il ne nous reste donc plus que la musique déversée pendant 45 minutes en six titres anonymes. Six titres qui sont comme un mouvement sans fin de scalpel s'enfonçant dans la chair. Mais loin de la production volontairement (?) crado derrière laquelle maints traine-savates grimés à la truelle planquent leur médiocrité, Draco Sir Mihi Dux ne souffre pas de cet écueil, sans pour autant sonner comme du Dimmu Borgir. Il n'a pas besoin de ce artifice vain pour répandre un malaise parfaitement palpable à coup de vocaux hystériques digne d'un loup-garou un soir de pleine lune et de riffs répétitifs et douloureusement mélancoliques qui vous plongent dans les méandres de la dépression la plus indicible. Moins suicidaire que Shining, moins expérimental que Dolorian, moins katatoniesque que Forgotten Tomb, mais tout aussi torturé et malsain, Ondskapt ne rechigne jamais quant à lui à passer la seconde, avec quelques accélérations furieuses bien senties. Et à l'instar de ces lugubres comparses, il renoue d'une certaine manière, davantage en tout cas que tous les groupuscules englués dans un true black soi-disant evil, avec l'esprit maléfique et noir des origines. (07.04.2007) ⍖⍖⍖
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