Dans le quartier de Ginza ravagé par la Seconde Guerre mondiale qui vient de s’achever douloureusement, d’anciens soldats japonais s’allient avec des voyous pour former une bande organisée. Dans A True Story Of The Private Ginza Police, Jun’ya Satô brosse un tableau du Japon vaincu d’une absolue noirceur. Choquante, la scène inaugurale montre un soldat de retour du front qui épie une femme dans un bordel entrain de s’offrir de plaisir à un G.I. La colère qui s’empare de lui indique qu’il la connaît. Peut-être est-ce sa femme ou sa petite amie ? Toujours est-il qu’une fois l’Américain parti, il se jette sur elle et la roue de coups mortellement dans un déchaînement de brutalité qui le pousse même à balancer son bébé depuis le premier étage ! Le cadre du Japon d’après-guerre où les anciens combattants sont humiliés, blessés dans leur virilité face à des femmes que souillent l’occupant américain, où pauvreté et famine favorisent marché noir et magouilles, nourrit le terreau sombre et nihiliste d’un récit qui s’achève dans une orgie de sexe et de sang.
Si la multiplicité des protagonistes, campés de surcroit par des acteurs coriaces mais peu familiers au néophyte du cinéma japonais n’aide pas toujours à sa parfaite compréhension, A True Story Of The Private Ginza Police n’en frappe pas moins par son intensité sèche et crapoteuse, qu’alimentent cadrages tordus et détails extrêmement violents comme ce type bouffé par des cochons ! Satô ne s’impose aucune limite et on imagine mal comment un film d’une telle fureur nauséeuse pourrait encore être réalisé de nos jours. (11.08.2024) ⍖⍖
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