Il fut un temps, lointain et désormais révolu, où la télévision française, mue alors par une ambition certaine, permettait au plus grand nombre d’accéder à la culture, qu’elle soit littéraire, musicale, cinématographique ou scientifique, au moyen de programmes de qualité. C’est ainsi qu’entre 1980 et 1981, fut diffusée l’émission "Le roman du samedi", ensemble de téléfilms produits par FR3 et adaptant des classiques de la littérature. Tourné par Marcel Camus (Orfeu Negro), L’agent secret est l’un d’entre eux. Comme son titre l’indique, cet épisode porte à l’écran le roman de Joseph Conrad qui avait déjà inspiré à Alfred Hitchock son film Sabotage en 1936. Bien qu’il déménage l’intrigue originelle des bas-fonds londoniens aux rues populeuses du Paris de la fin du XIXème siècle et remplace l’observatoire royal de Greenwich par le pavillon de Sèvres comme cible de l’attentat à la bombe, ce téléfilm épouse les grandes lignes de l’œuvre de Conrad.
Mieux, à sa mesure modeste de création télévisuelle, il réussit même davantage que l’autre adaptation cinématographique, celle de Christopher Hampton avec Bo Hopkins, Patricia Arquette et Gérard Depardieu, au budget pourtant plus conséquent, à capter le climat anarchiste et révolutionnaire qui secoue alors les grandes capitales européennes. Quelques bouts de décors sinistres et l’interprétation bonhomme et fuyante de Michael Lonsdale, convaincant en agent secret qui manigance pour le compte de la Russie, dispensent une ambiance bizarre. Si Lucas Belvaux en Stevie se montre énervant et un Sim ahuri pas tellement à sa place en terroriste, Marina Vlady prête la douceur de sa voix au personnage de Winnie Verlok, femme brûlante d’un désir inassouvi, qu’on croit effacée et soumise mais dont la haine refoulée depuis des années poussera, dans un geste vengeur, à supprimer froidement ce mari qu’elle n’a en réalité jamais aimé. Une curiosité. (23.04.2024) ⍖⍖
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