A l’instar d’autres grands réalisateurs américains, tels que Howard Hawks (La terre des pharaons), William Wyler (Ben-Hur), Mervyn LeRoy (Quo Vadis), Raoul Walsh (Esther et le roi) ou Anthony Mann (La chute de l’empire romain), Richard Fleischer s’est essayé au péplum qui lui inspire Barabbas. Le fait de prendre pour héros le brigand que Ponce Pilate sauva de la crucifixion à la place de Jésus, personnage peu sympathique de prime abord, annonce cependant un film plus singulier qui n’en a l’air. Si elle se prête aux conventions du genre avec ses décors monumentaux (l’arène est impressionnante), son spectacle de gladiateurs au centre duquel se dresse un Jack Palance qui, rictus carnassier aux lèvres, se délecte d’un rôle cruel taillé pour lui, l’œuvre se double cependant d’une quête intérieure et philosophique. Etre fruste et débraillé mais devinant que son rôle dépasse sa simple personne, Barabbas sera hanté pendant vingt ans par une question : pourquoi Jésus est-il mort à sa place ? De la crucifixion à laquelle il échappe au début à celle qui le cloue à la fin, c’est un chemin de croix symbolique qu’il le mène à la révélation, parcours initiatique dont chaque étape prend l’allure d’une épreuve, de l’enfer, représenté par les mines, à la lumière.
De plus en plus taciturne au fil du récit, Anthony Quinn est parfait. Il était d’ailleurs déjà le choix de Federico Fellini lorsqu’il s’intéressa au projet après La Strada qui couronna le talent du comédien en 1954. Traduisant bien les tourments et les interrogations qui rongent le personnage, son interprétation à la fois bourrue et mutique contribue à donner au film ce ton particulier, (un peu) moins sulpicien et emphatique que dans bien d’autres péplums américains. S’il n’est pas, loin s’en faut, son meilleur travail, Barabbas dicte à Richard Fleischer ce très grand morceau de cinéma que demeure la crucifixion de Jésus qu’enténèbre une véritable éclipse solaire, comme manifestation d’une force surnaturelle. La lapidation de Silvana Mangano aux atours picturaux quasi surréalistes, ce sens de la transition (le plan de Ponce Pilate se lavant les mains qui s’enchaîne à celui de Barabbas faisant de même dans une fontaine) et l’usage à priori incongru et pourtant génial du Cinémascope pour filmer l’étroitesse étouffante des mines, sont la signature d’un très grand metteur en scène. Mêlant l’intime au grandiose, Barabbas peut être considéré comme un des derniers péplums majeurs. (28.04.2025) ⍖⍖
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