Richard Fleischer - Che ! (1969)


Ereinté par la critique, Che ! demeure un des films les plus mal aimés de Richard Fleischer. Lui-même en pensait le plus grand mal. Enterré, il est depuis quasiment invisible. Mérite-il pourtant un tel opprobre ? Réalisé seulement deux ans après la mort de Guevara alors que les passions sont encore vives, il était sans doute trop tôt pour un tel biopic, empêchant un quelconque recul. Quelles étaient d‘ailleurs les motivations des producteurs ? Sans doute se faire du fric facile en profitant de l’aura du personnage sans toutefois livrer une ode à la révolution. Au vrai, on peut même se demander si ce projet était vraiment une bonne idée à ce moment-là, alors que les Etats-Unis sont enlisés dans la Guerre du Vietnam… De fait, Che ! est le type même de film qui ne pouvait satisfaire personne, comme tend à le démontrer la réécriture imposée par les producteurs en plein tournage, craignant semble-t-il, une description des évènements trop peu favorable aux Américains. Fleischer souhaitait quant à lui brosser le portrait le plus honnête possible du héros de la révolution, sans prendre partie. De là, une œuvre qui, si elle ne cherche ni à occulter la violence du personnage et son idéologie ni à s’en moquer, ne cache pas non plus une certaine fascination à son endroit, comme l’illustre la façon très christique dont sa mort est représentée. Dans cette ambivalence peut-être involontaire, le film réussit finalement mieux qu’on ne le dit à saisir la complexité du personnage. 


Il échoue néanmoins à embrasser tous les aspects d’un homme dont la vie se voit au surplus résumée en à peine plus de 90 minutes, sacrifiant des pans entiers d’une épopée très édulcorée (à tous points de vue), réduite à la Révolution cubaine et à sa mort en Bolivie dans des conditions troubles. Hésitant entre film d’action et étude psychologique, comme le suggère la musique inappropriée, mais au demeurent efficace, de Lalo Schifrin qui par moments se croit encore dans un polar à la Bullitt, Che ! n’est pas sans bonnes idées, aux premiers rangs desquelles il faut citer le choix de faire s’adresser directement à la caméra, à la manière d’un documentaire, les personnages qui ont été les témoins des événements. Raillée à l’époque, l’interprétation n’est pas si désastreuse que cela. Epaulés par quelques vraies gueules de cinéma (Robert Loggia, Woody Strode, Sid Haig), Omar Sharif se révèle étonnamment bon en Guevara tandis que Jack Palance, cigare à la bouche et petits yeux plissés derrière de grosses lunettes, campe un Fidel Castro fantoche et aviné. A noter que dans sa version française, le film est un régal pour les nostalgiques de ce véritable âge d’or du doublage, puisque on y reconnait toutes les « voix » familières de l’époque, de Jacques Thebault à Jean-Claude Michel, de Georges Aminel à Andre Valmy. S’il en a perdu le contrôle, Richard Fleischer livre cependant une biographie moins honteuse que ce que sa mauvaise réputation laisse croire. Seulement, elle n’aurait pas dû réalisée comme cela ni à ce moment là. (08.05.2025) ⍖⍖


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