Durant les années 60, la comédie musicale connaît un renouveau sous la forme de productions souvent coûteuses dans un style plus chanté que dansé. Quelques unes rencontrent un immense succès (My Fair Lady, Mary Poppins) mais beaucoup d’autres sont de cuisants échecs (Camelot, La kermesse de l’Ouest). L’extravagant Docteur Dolittle s’inscrit dans cette mode éphémère dont il résume, par sa production tortueuse, son tournage difficile et son fiasco tant commercial que critique, toutes les ambitions et les déboires. Voyant le jour dès 1963 sous la houlette du producteur Arthur P. Jacobs, cette adaptation de l’œuvre de Hugh Lofting démarre pourtant sous les meilleurs auspices. La Fox accepte de distribuer le film, Rex Harrison est embauché pour tenir le rôle principal et Alan Jay Lerner (Tous en scène, Brigadoon) est chargé du scénario. Mais, à cause de son retard dans l’écriture, celui-ci est renvoyé en 1965, remplacé par Leslie Bricusse. A ce moment là, le choix du réalisateur n’est pas encore arrêté. D’abord associé au projet Vincente Minnelli se retire et les noms de John Huston ou de William Wyler circulent alors. C’est finalement Richard Fleischer qui est engagé, ce qui peut sembler surprenant. Mais celui-ci a la confiance de Zanuck et a prouvé depuis longtemps sa capacité à s’adapter à tous les genres. Le casting est quant à lui tout aussi fastidieux à rassembler, d’autant plus que la production doit composer avec les exigences de Rex Harrison qui lui-même quittera un temps le navire, remplacé par Christopher Plummer ! Sammy Davis Jr. et Sidney Poitier sont envisagés pour le rôle de William Shakespeare X, Danny Kay et Bing Crosby pour celui de Matthew, Maggie Smith et Barbara Streisand pour celui de Emma Fairfax. Les prises de vue ne commenceront finalement qu’en juin 1966 pour s’achever en juillet 1967 au terme d’un tournage aux embûches multiples.
A l’arrivée, le budget a été triplé, l’accueil glacial et la Fox faillit être ruinée. L’extravagant Docteur Dolittle est pourtant un film charmant. La photographie du vétéran Robert Surtees magnifie les paysages bucoliques du Wiltshire et du pittoresque village de Castle Combe, la mise en scène de Fleischer ne saurait susciter la moindre réserve, Rex Harrison porte encore beau, Samantha Eggar quoique, très sous-employée, éclabousse l’écran de sa beauté rousse et le message écologique basé sur le respect des animaux et de la nature, plus que jamais d’actualité. Comment expliquer alors ce naufrage ? La faute en revient essentiellement au scénario qui en définitive ne raconte presque rien durant 150 trop longues minutes. Parvenu à la moitié du film, l’histoire ne semble toujours pas avoir commencé, de sorte que l’ennui nous gagne très vite. Quant aux chansons, elles n’ont rien d’exceptionnel. On se demande finalement à quel public Doctor Dolittle peut bien s’adresser, trop gentillet pour les adultes tandis que lama à deux têtes, cheval à lunettes, otarie déguisée en vieillie dame et escargot géant ne déclencheront guère plus que quelques sourires aux enfants. Reste malgré tout un flamboyant livre d’images au service d’un univers joyeusement fantaisiste. (01.05.2025) ⍖⍖
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