Yasuzō Masumura - Le gars des vents froids (1960)


Réalisé par Yasuzo Masumura, cinéaste culte de la nouvelle vague japonaise auquel on doit La vie d’une femme (1962), La femme Seisaku (1965), L’ange rouge (1966) et surtout La bête aveugle (1969), Le gars des vents froids est un film de yakuza très curieux à bien des égards. Il l’est déjà de part son acteur principal qui n’est autre que le grand écrivain Yukio Mishima, celui-là même qui se suicidera de manière spectaculaire en 1970 au terme d’un coup d’Etat raté pour restaurer le pouvoir de l’empereur. Karakkaze Yarō marque sa première expérience cinématographique. Suivra notamment Yūkoku ou Rites d'amour et de mort (1966) dont il sera l’auteur complet, aussi bien devant que derrière la caméra. S’il serait exagéré de lui reconnaître un immense talent de comédien, le fait est néanmoins qu’il impose une présence singulière, à la fois puissante et ironique, brutale et insolente. Curieux, Le gars des vents froids l’est encore par le personnage que Mishima incarne, yakuza malin mais terrifié par la mort et dont on ne sait trop quoi penser. 


Si, en effet, on s’attache tout d’abord à lui dans ses tentatives d’échapper aux tueurs qui sont à ses trousses une fois sorti de prison, son comportement brutal à l’égard de celle qui devient sa petite amie (après l’avoir pourtant violée!) le rend par la suite antipathique, quand bien même une évidente fragilité perce derrière son assurance et le sourire narquois qui fend son visage. Comme l’indique son titre anglais, tout le film est hanté par la peur, celle qui ronge Takeo et le pousse à se terrer en une longue attente qui achève de faire de Afraid To Die un curieux polar où l’action est éconduite au profit d’un récit plus intimiste qui voit son héros hésiter entre reprendre sa vie de yakuza et se retirer en fondant une famille. Par son ventre mou et sa façon de retarder cette mort qui rôde et l’empêche d’être le grand polar espéré, l’œuvre pourra décevoir mais elle lui confère son originalité. Pleine de couleurs et soulignée par une musique décalée, la mise en scène de Yasuzo Masumura n’en est pas moins brillante, particulièrement lors du dénouement, sec et empreint de fatalité où Takeo, après avoir finalement été abattu, s’effondre dans un escalator. Karakkaze Yarō n’est ni le meilleur film de yakuza ni le sommet de la carrière de son géniteur qui fera bien mieux par la suite mais, non sans qualité et de nombreuses et belles idées, il demeure aussi intéressant qu’attachant. (10.06.2025) ⍖⍖

 

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