Assistante de Fellini sur Huit et demi (1963) et réalisatrice d’une poignée de films dans les années 60, dont le curieux western féministe Belle Star (1968), qui ne rencontrent pas un grand succès, Lina Wertmüller doit attendre la décennie suivante pour s’imposer avec Mimi Métallo blessé dans son honneur (1972) qui fixe le ton sarcastique ancré dans le terreau tant politique et sociale italien d’une signature très personnelle. Suivront dans une veine assez identique Film d’amour et d’anarchie (1973), Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été (1974) et Pasqualino (1975). Après le décevant La fin du monde dans notre lit conjugal (1978), D’amour et de sang tente de renouer avec cette formule politico tragi-comique mais avec une inspiration bien moindre cette fois-ci. L’histoire se déroule en Sicile durant la période charnière qui précède l’arrivée au pouvoir de Mussolini, l’île résumant, par ses passions et ses troubles qui s’y nouent, la funeste mutation qui travaille alors le pays. Un pécheur gréviste est abattu par un grand propriétaire. Face à l’inertie des autorités, sa veuve (Sophia Loren, la quarantaine fatiguée malgré cette force intacte dans le regard) se jure de le venger. Deux ans plus tard, Spallone (Marcello Mastroianni) et Nicola (Giancarlo Giannini) reviennent chacun au pays après un exil.
Partageant une même haine du fascisme et du capitalisme, ils n’en sont pas moins différents. L’un est avocat et idéaliste, l’autre s’est enrichi aux Etats-Unis dans l’illégalité et veut faire la Révolution par la violence. Mais tous les deux tombent sous le charme de Titina autour de laquelle ils tournent en un triangle amoureux burlesque et iconoclaste. Malgré la beauté des décors fournis par la Sicile et ses ruines antiques que magnifie la photographie du maître Tonino Delli Colli et une mise en scène souvent brillante voire même virtuose (la fusillade finale), D’amour et de sang fonctionne mal, échouant à combiner tous ces éléments et à trouver le ton juste entre farce et mélodrame, à l’image d’une interprétation volontairement appuyée qui finit par lasser. Alors que Sophia Loren et Marcello Mastroianni sont évidemment en haut de l’affiche, c’est pourtant Giancarlo Giannini, acteur fétiche de la cinéaste, qui livre la performance la plus gourmande et jubilatoire en gangster fanfaron. Très belle, la dernière séquence écrite à l’encre de l’amour et du sang ne suffit pas à racheter une œuvre globalement confuse. (06.07.2025) ⍖
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