André De Toth - Chef de réseau (1958)


Une agréable surprise. Cela peut paraître sévère mais nous n’attendions pas pareille réussite de la part de André De Toth, honnête metteur en scène de série B dont les westerns s’avèrent le plus souvent bien poussifs (La mission du commandant Lex), à l’exception de Terreur à l’ouest (1954) et surtout de La chevauchée des bannis (1959). Etonnamment, le film de guerre lui convient peut-être mieux comme le prouvera également plus tard Enfants de salauds (1968) avec Michael Caine. Bénéficiant d’un très beau noir et blanc dont les contrastes renouent avec l’expressionnisme allemand (les scènes de torture à la Gestapo, notamment) d’une réalisation nerveuse et inspirée, Chef de réseau est un film captivant, déroulant un solide récit. En effet, le personnage principal au cœur de l’histoire se révèle particulièrement intéressant car pour le moins ambigu, de part la position qui est la sienne. Le général Scotland, qui a réellement existé, est tout à la fois un héros et un traître, selon que l’on se place du côté des Alliés ou de celui des Nazis. De plus, espion britannique transmettant de précieuses informations, il demeure un brillant militaire, apprécié du Führer (que l’on identifie par sa gestuelle agitée et son parler agressif), responsable de certaines victoires allemandes et ayant contribué à l’échec du complot visant à éliminer Hitler. 


Ce héros déchiré et complexe trouve sa parfaite incarnation en Jack Hawkins. Impressionnant, l’acteur porte le film sur ses épaules, apparaissant dans la quasi totalité des scènes. Sa composition est écrasante, pleine de puissance sans être dépourvue de finesse et d’une certaine fragilité qui vient bien au personnage. Malgré son imposante stature, il réussit à rendre attachant Scotland, qu’il humanise, avec l’aide, il est vrai, de la charmante Gia Scala qui ne le laisse pas indifférent (on le comprend). De Toth conduit cet habile et passionnant film d’espionnage avec une grande maîtrise du suspense et de la tension dramatique, témoin la séquence de l’affrontement entre Scotland et son second, membre de la Gestapo, qui tente alors de le démasquer. Leur combat s’avère terrible, d’autant plus que l’issue de la bagarre est filmée hors-champ, laissant planer le doute quant à l’identité de celui qui en est sorti sain et sauf. Réalisé en Angleterre, Chef de réseau demeure probablement le meilleur film de André De Toh avec La chevauchée des bannis qu’il tournera juste après. Immigré hongrois ayant fuit le nazisme, sans doute a-t-il trouvé dans cette histoire d’espionnage un sujet qui le touchait intimement et qu’il désirait traiter avec soin et réalisme. (2001) ⍖⍖⍖


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