Fred Zinnemann ne compte pas parmi les grands spécialistes du western. Pourtant, cela ne l’a pas empêché, avec Le train sifflera trois fois, de réaliser un des chefs-d'œuvre du genre. Bercé par une chanson lancinante de Dimitri Tiomkin, aussi célèbre que le film, et basé sur un scénario de Carl Foreman, High Moon déroule une histoire en définitive bien banale. Pour aller encore plus loin, nous pourrions même avancer qu’il ne passe quasiment rien pendant la majeure partie du film, l’action étant finalement assez peu présente. Mais à y regarder de plus près, le film de Zinnemann révèle une richesse remarquable. Richesse psychologique tout d’abord. Le récit s’articule autour du shérif, magistralement interprété par Gary Cooper, dont le visage a rarement exprimé une telle gravité, qui doit affronter quatre redoutables tueurs, trois d’entre eux attendant à la gare l’arrivée de leur chef (Sergio Leone s’en inspirera évidemment pour l’ouverture de Il était une fois dans l’Ouest). Surtout, le shérif ne peut compter sur personne pour l’aider, la ville entière sombrant dans la lâcheté (à l’exception des deux femmes). Cette solitude face au danger, élément moteur de l’histoire, de plus en plus palpable au fur et à mesure que le récit progresse, est admirablement rendue.
Cette richesse se retrouve également au niveau de la thématique du temps qui s’écoule. Plus les heures défilent plus la situation se révèle critique pour Kane. Les plans d’horloges se multiplient tandis que les personnages ne cessent de regarder avec inquiétude leur montre. Richesse enfin de la mise en scène de Fred Zinnemann, maîtrisée de bout en bout. La façon dont le cinéaste place sa caméra est toujours judicieuse, tout comme la manière dont les acteurs entrent dans le champ, par les côtés notamment. La qualité de la mise en scène culmine durant les instants qui précédent l’arrivée du train. Faisant corps avec la musique, les images se succèdent à un rythme de plus en plus rapide, soulignant la tension et la situation dramatique qui frappe le shérif. Le découpage de ce moment fatidique et crucial s’avère d’une grande inventivité et d’une grande modernité. C’est une leçon de cinéma. Au même titre que La chevauchée fantastique (1939) de John Ford ou de Rio Bravo (1959) de Howard Hawks, Le train sifflera trois fois marque une étape importante dans l’histoire du western et Gary Cooper y trouve un de ses plus beaux rôles, un des plus emblématiques de sa carrière. (2001) ⍖⍖⍖
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