Paolo Cavara - E Tanta Paura (1976)


Présenté comme un giallo, E Tanta Paura en est-il pour autant un ? Certes, il semble de prime abord cocher toutes les cases du genre (meurtres parfois sanglants commis par un tueur en série identifié ici par les cartes qu’il laisse en guise de signature, érotisme…) et les premières minutes qui voient une prostituée tuer son client puis une jeune femme exécutée dans un bus la nuit lancent en effet le film sur les rails attendus du thriller giallesque. Mais très vite, le récit en casse les codes (il n’y a pas un tueur mais plusieurs) et dévie de sa trajectoire, flirtant autant avec le poliziottesco (la poursuite à pied dans les rues milanaises) qu’avec la comédie italienne et plus encore avec le cinéma politique qui, avec les Italiens, n’est jamais loin. Brossant le portrait d’une bourgeoisie décadente et corrompue, le film est hanté par une galerie de personnages tous plus bizarres et vénéneux les uns que les autres, les bons (Jeanne, Riccio) comme les méchants (Hoffman, dandy vaniteux, persuadé de sa supériorité que lui octroie sa position sociale), parfaitement incarnés par des acteurs qui ont tous le physique de l’emploi, de Michele Placido en flic peu attachant, ni fort ni malin, à John Steiner, tout en arrogance dépravée, de Corinne Cléry dont Pasquale Festa Campanile saura toutefois mieux encore presser la cyprine perverse dans La proie de l’autostop (1977), à Jacques Herlin, la gueule émaciée, le regard malsain. Mention spéciale à Eli Wallach qui croque avec une gourmande ironie un rôle pour le moins ambigu. En revanche, on se demande ce que Tom Skerritt, qui n’apparait que trois fois, vient foutre là ! 


Auteur de La tarentule au ventre noir (1971), un vrai giallio celui-ci, Paolo Cavara livre une mise en scène inspirée, utilisant avec intelligence les décors réalistes fourni par la ville de Milan, dont sa caméra pénètre les cours miteuses d’immeubles sordides, et ces routes alentours léchées par une brume automnale et sinistre. A la fois giallo, polar, film érotique (le dessin animé de Gibba projeté durant une des bacchanales) et charge politico-sociale, baignant dans une ambiance viciée où macère une élite déliquescente, E Tanta Paura s’éparpille certainement dans trop de directions, touchant à de nombreux genres sans vraiment appartenir à aucun d’entre eux. Mais cette approche éclatée, si elle l’empêche de convaincre totalement, ne rogne pourtant pas le film de son pouvoir d’envoûtement dont une histoire morcelée aux multiples chausse-trapes et une conclusion aussi curieuse que désespérée ne sont pas la moindre des manifestations. Mieux, elle lui confère sa singularité. (14.07.2025) ⍖⍖


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