Les films fantastiques sud-coréens des années 60 demeurent pour plupart quasi invisibles et donc mal connus. Cela est d’autant plus regrettable qu’une bobine telle que A Devilish Homicide, par exemple, soutient parfaitement la comparaison avec les classiques du genre façonnés à la même époque en Europe ou aux Etats-Unis par les Fisher, Corman, Freda et consorts. Exploité sous une multitude de titres alternatifs (Salinma, A Bloodthristy Killer…), l’œuvre est intéressante en cela qu’elle adapte des références occidentales (l’utilisation, étonnante, du fameux quatrième mouvement de Spirituals For String Choir and Orchestra de Morton Gould, le thème du tableau mystérieux et les emprunts, revendiqués, à Edgar Poe telle que la femme emmurée avec son matou) à un substrat culturel et folklorique typiquement asiatique (le fantôme vengeur et le chat dans lequel les humains se réincarnent). En cela, l’histoire de cet homme et de sa famille terrorisés par le fantôme de sa première épouse dont on découvrira qu’elle fut assassinée, pourrait tout aussi bien être celle d’un film gothique italien. A ceci près qu’elle ne se déroule pas dans le passé mais à l’époque contemporaine.
Le cadre a d’ailleurs toute sa part dans la force d’envoûtement du film. Pour d’évidentes raisons budgétaire, la trame est circonscrite à quelques bouts de décors et plus particulièrement l’intérieur de la maison familiale, ce qui confère à l’ensemble un cachet un peu théâtral. Mais s’appuyant sur un noir et blanc expressif de toute beauté, Lee Yong-Min, le réalisateur, joue de ce minimalisme, puisant dans ce musée vide où ne reste accroché qu’un tableau désolé et dans la profondeurs de ces couloirs que trouent de multiples portes, une atmosphère aussi bizarre que pesante. De même il s’accommode d’effets spéciaux rudimentaires dont il parvient à extraire une évidente poésie à l’image de ces chats drapés d’une robe de chambre auxquels il évite le ridicule. Si la terreur règne tout du long, une tristesse prégnante se dégage de cette femme martyre dont l’âme ne peut reposer en paix. Si à une entame teintée d’étrangeté et une première moitié riche en tension succède une seconde au rythme plus hésitant, A Devilish Homicide n’en procure pas moins l’envie de déflorer la filmographie aussi imposante qu’obscure (A Flower Of Evil, The Man With Two Faces…) de Lee Yong-Min dont le savoir-faire n’a définitivement rien à envier à celle des maîtres occidentaux de l’horreur et plus généralement le cinéma de genre sud-coréen des années 60. (09.08.2025) ⍖⍖
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