Une nouvelle ostie de Mayhem est toujours un événement. Déjà, parce que le groupe incarne à lui seul l’essence du black metal dont il a contribué à forger l’identité sonore (De Mysteriis Dom Sathanas qu'on ne présente plus) et l’aura sulfureuse (le suicide du chanteur Dead dont la photo de la tête explosée servira de pochette à un bootleg, le meurtre du guitariste Euronymous par Varg Vikerness de Burzum). Mais aussi parce que les Norvégiens se montrent de plus en plus avares de leur semence, malsaine et impie. Nonobstant Atavistic Black Disorder / Kommando (2021), EP loin d’être négligeable néanmoins, ils n’avaient ainsi rien offert de vraiment neuf depuis 2019 et Daemon. Ce dernier fut une étape importante dans leur carrière car il permit -davantage que son prédécesseur, Esoteric Warfare - de poser les bases du Mayhem post-Blasphemer (son ancien guitariste et principal architecte de son évolution entre Grand Declaration Of War et Ordo Ad Chao). Liturgy Of Death lui succède enfin. Il serait facile sinon un peu paresseux de dire de lui qu’il reprend les choses là où Daemon les a laissées. Certes, la filiation entre les deux albums est évidente, que cimente une même expression brutale et vicieuse, rapide et ténébreuse, puant la mort par tous les pores, par tous les riffs. Mais, prenant plus que jamais leur temps, il est tout aussi évident que les Scandinaves, qui travaillent chacune de leurs offrandes dans leurs moindres détails, faisant d’elles autant des œuvres d’art unique que des modèles à la fois de technicité que d’écriture et d’atmosphères, ne pouvaient se contenter d'une simple redite, ce qu'ils n'ont jamais fait.
Liturgy Of Death ne déroge pas à la règle. A nouveau, son titre ne semble pas témoigner d’une folle imagination. Pourtant, à l’écoute de ces huit prières qui forment autant de rituels, on mesure que cet album porte définitivement bien son nom, évocateur en effet d’une liturgie mortifère grouillant d’une solennité souterraine. C’est à une messe macabre que Mayhem nous convie cinquante minutes durant, cérémonie cryptique dont les sillons tortueux n'empêchent pas d’une fiévreuse brutalité. Orthodoxes dans leur science de l‘agression pleine d’une emphase nocturne qui n’est parfois pas sans rappeler Dissection (‘Funeral Of Existence’), les musiciens, Hellhammer (batterie) en tête, se montrent toujours aussi précis et roués dans leur noirceur torrentueuse (‘Despair’). Les incantations théâtrales d’Attila Csihar (‘Aeon’s End’) et les fentes malsaines ouvertes par des mid-tempos aussi implacables qu’obsédants (le terminal ‘The Sentence Of Absolution’ qui achève logiquement le sacrement avec ses pulsions tribales), loin d’en assécher le venin malfaisant, rendent plus monumentale encore cette offrande dans sa grandiloquence sinistre. Du haut de ses quarante ans au compteur, Mayhem ne conserve pas seulement la forme et l’inspiration, il redouble avant tout d’une violence terrifiante, tant dans la forme, déchaînée ou pesante, que dans le fond, crépusculaire et vicié. Cène impure et caverneuse suintant le soufre, Liturgy Of Death est un rituel noir et bouillonnant qui creuse dans la chair les plaies d’une humanité dont les péchés ne peuvent être pardonnés. (15.02.2026 | MW) ⍖⍖⍖
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