Michael Anderson traine l’image d’un cinéaste académique dont le travail est généralement réduit à quelques productions spectaculaires mais sans âme (Opération Crossbow, L’âge de cristal). Intéressante, sa première partie de carrière dans les années 50, laissait pourtant espérer une œuvre d’une autre teneur, ce dont témoignent Les briseurs de barrages (1955), 1984 (1956) ou ce Waterfront méconnu. Celui-ci marque sa deuxième expérience comme metteur en scène après Private Angelo (1949) signé à quatre mains avec Peter Ustinov. Le cadre sordide fourni par la ville de Liverpool et le monde des dockers en proie à la crise économique ainsi que ces personnages qui cherchent à s’extraire de leur condition annoncent le naturalisme social du kitchen sink realism des années 60 (Samedi soir, dimanche matin, La solitude du coureur de fond), son propos demeure cependant plus dramatique et moralisant que vraiment réaliste. Waterfront n’en aligne pas moins toutes les qualités du grand cinéma britannique de cette époque : noir et blanc pluvieux, authenticité des décors, justesse de l’interprétation, primat du groupe sur l’individu, absence de pathos trop appuyé… On y suit le quotidien d’une famille abandonnée douze ans plus tôt par le père, marin aviné parti en mer comme un voleur. Il y a la mère, qui possède cette dignité humble des pauvres gens. Il y a les deux filles. Nora l’aînée, qui voue une haine pour ce père démissionnaire, mais tombe pourtant elle aussi amoureuse d’un marin, Ben, qui sans le sou, espère désespérément être embauché sur un bateau pour qu’ils puissent enfin se marier.
Connie la cadette est au contraire une ambitieuse que cette vie miséreuse répugne et cherche un bon parti. Elle se colle à un jeune type visqueux qui a une situation mais ne cherche qu’à la mettre dans son lit. Un jour, le paternel revient et leur vie s’en trouve bouleversée. Si l’opposition entre les deux sœurs n’échappe pas la caricature et leur destin respectif, à la morale (le bonheur pour l’une, le malheur pour l’autre), le père est en revanche brossé dans toute sa complexité, finalement plus pathétique que véritablement mauvais, auquel Robert Newton prête sa truculente roublardise. Dans un rôle que Maureen O’Hara aurait pu tenir, l’oubliée Avis Scott (Nora) livre une prestation forte et émouvante aux côtés d’un jeune comédien promis à un bel avenir, Richard Burton. La mise en scène de Michael Anderson est souvent inspirée. Citons le traveling avant au début, qui suit la fuite du père le long des grilles derrière lesquelles une Nora encore enfant le supplie de ne pas les oublier ou plus tard lorsqu’ils se retrouvent dans l’appartement familial, la caméra fixant tour à tour leurs visages surpris dans un éclairage aux confins du fantastique. Bien qu’il n’évite pas certaines conventions, Waterfront est un beau film à (re)découvrir. (06.08.2025) ⍖⍖⍖
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