Jean Negulesco | J'ai épousé un Français (1959)


A Londres, pendant la Seconde Guerre Mondiale, une Anglaise et un Français, pilote et aristocrate, tombent amoureux puis se marient à la hâte sans réellement se connaître. Alors qu’elle est enceinte, la guerre les éloigne. Engagé par la suite dans d’autres conflits, l’officier ne réapparaît que neuf plus tard. Mais la vie commune se révèle rapidement difficile entre les deux époux presque étrangers l’un pour l’autre. Et quand elle le découvre cavaleur invétéré, l’orage gronde…  Quelle drôle d’idée d’avoir confié le rôle de Charles Edouard de Valhubert à un Italien ! N’y avait-il donc pas un acteur bien de chez nous disponible ? Count Your Blessings aurait-il alors été meilleur ? Il est permis d’en douter. Si Deborah Kerr, l’élégance discrète, le charme délicat, n’est jamais mauvaise, on ne peut pas en dire autant de certains de ses films, particulièrement ceux qu’elle a tournés à l’aube des années 60 tels que Le voyage d’Anatole Litvak, Un matin comme les autres de Henry King ou justement ce J’ai épousé un Français dont il n’y a pas grand-chose à sauver. 


Après une première moitié de carrière jonchée de bons films noirs (Le masque de Dimitrios, La femme aux cigarettes) ou d’excellents mélodrame (Humoresque, Johnny Belinda), Jean Negulesco besogne alors un peu n’importe quoi sans faire preuve d’une grande imagination. Il le démontre ici, exécutant un travail terne et fonctionnel, tout juste rehaussé par la photographie colorée de George J. Folset et Milton Krasner. Le scénario est invraisemblable, dont l’unique ressort vaguement humoristique repose sur le contraste entre les modes de vie et cultures anglais et français. Ce qui nous vaut les éternels clichés du french lover un poil égoïste qu’une seule femme saurait contenter. D’ailleurs le message que véhicule le film paraît incroyablement misogyne puisque c’est à l’épouse qu’il est demandé de faire des efforts, de comprendre son mari et de l’accepter tel qu’il est, dans toute son infidélité. Bref, c’est elle qui doit changer mais pas lui ! L’épilogue si ridicule qu’eil en est embarrassant achève le tout avec l’impression que toute l’équipe avait hâte d’en finir. Reste l’interprétation. Deborah Kerr est parfaite selon son habitude, pourtant rien ne se passe entre elle et Rossano Brazzi , acteur assez mauvais qui jouait les Italiens de service pour Mankiewicz (La comtesse aux pieds nus)   ou David Lean (Vacances à Venise). Quant à notre Maurice Chevalier national, en vieux duc paternel qui prodigue des conseils, il endosse le même genre de rôle que dans Ariane et Gigi. Vous l’aurez compris, J’ai épousé un Français ne mérite un coup d’œil que pour Deborah Kerr. (20.08.2025) ⍖

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