Jean-François Davy - Q (1974)


Synonyme d’érotisme et de pornographie gaulois, Jean-François Davy était pourtant tellement plus que cela, artiste nourri au jus libertaire de son temps, à la croisée de la Nouvelle Vague et des comédies paillardes. Plonger dans ses films c’est pénétrer la France pompidolienne, entre révolution sociétale amorcée par Mai 68 et prélude à la crise économique. Après avoir réalisé notamment L’attentat (1966) et Le seuil du vide (1971), adaptation du romancier de SF André Ruellan (aka  Kurt Steiner), Davy rencontre un succès aussi important (plus d’un million d’entrées) que surprenant avec Bananes mécaniques (1972) puis Prenez la queue comme tout le monde (1973). L’année suivante, Q – Au plaisir des dames boucle cette trilogie polissonne qui débauche une même troupe de comédiens (Philippe Gasté, Pierre Danny, Anne Libert, Marisa Longo) aussi à l’aise pour la farce que pour la chair. Comme dans le film précédent, Gasté s’appelle Gilles Pilard (mais avec un « d »). Garagiste, il subit la crise et les mesures gouvernementales visant les automobilistes. Il décide alors avec Max, son collaborateur, de monter un bordel pour femmes. Le succès de l’entreprise lui ouvre la voie vers une carrière politique qui l’oppose au Premier Ministre et père de la jeune femme dont il est amoureux. 


Mêlant humour paillard, parfois absurde (le cavalier qui se pointe avec son cheval au garage pour faire le plein!), souvent loufoque (la banque du sperme) et érotisme débridé, Jean-François Davy livre une œuvre joyeusement féministe, attentive à l’émancipation sexuelle des femmes, jeunes ou vieilles, ouvrières ou bourgeoises, réduisant les hommes à de simples outils de plaisirs, défaillants ou vigoureux. Le cinéaste en profite par ailleurs pour égratigner gentiment la politique et les politiques toujours prompts à vouloir tirer un profit électoral de la popularité d’un tel ou à magouiller en douce. A sa mesure, modeste et sympathique, Q est aussi un film visionnaire dans sa peinture d’une France déjà frappée par les diktats écolos (la vitesse limitée à 30 km/h…) sur fond de mutation urbaine. Contrairement aux approximations dilettantes d’un Jean-Marie Pallardy, Davy démontre tout du long qu’il est un solide technicien. Servie par une musique rythmée, sa mise en scène déborde de vitalité et de liberté. Si Jean Yanne  avait tâté de l’érotisme, il aurait presque pu s’appeler Jean-François Davy.  (14.10.2025) ⍖⍖⍖


Commentaires

Random posts

En vrac

Plus d'éléments

Goddess

Accueil