John Cameron Mitchell - Rabbit Hole (2010)


Après la mort de leur petit garçon fauché par une voiture, le couple que forment Becca et Howie se délite silencieusement. La douleur et le deuil les éloignent, chacun cherchant un chemin différent pour surmonter cette épreuve et se reconstruire. Il fallait bien tout le talent et l’intelligence de John Cameron Mitchell pour éviter le piège larmoyant tendu par un tel sujet propice au pathos et aux gros sabots. Pour sa première expérience hollywoodienne, le cinéaste s’éloigne de l’univers très personnel esquissé par les remarqués Hedwig And The Angrey Inch (2001) et Shortbus (2006), sans pour autant rompre totalement avec son identité, décelable particulièrement dans son rapport à la religion catholique. Brassant les thèmes universel du deuil et du pardon, Rabbit Hole est une œuvre tout en non-dits. Il y a les silences, l’absence de celui qui n’est plus là, les petits gestes, discrets, infimes, mécaniques et parfois avortés (un baiser qui n’a pas lieu). Hormis au détour d’une vidéo que le père visionne seul en cachette comme un acte honteux ou de faiblesse, l’enfant n’apparait jamais à l’écran. Il est pourtant là, lien invisible entre ces parents. De même, le drame n’est reconstitué que par petites touches (le chien dont on comprend peu à peu pourquoi il ne vit plus avec ses maîtres). La mort elle aussi ne figure pas frontalement à l’écran ; elle n’a pas besoin de l’être tant elle enserre les personnages.


Dans son ensemble et nonobstant une conclusion attendue sinon espérée, le film n’emprunte jamais la voie pressentie. A l’ambiance mortuaire, il oppose une esthétique souvent lumineuse. Extériorisant sa souffrance, Howie paraît mieux surmonter la perte de leur fils que Becca qui, au bord de la crise de nerf, s’enferme sur elle, se terre, mais il n’en est rien. Chacun se rapproche séparément d’une autre solitude, lui avec une femme rencontrée dans un cercle de parents endeuillés sans néanmoins céder à l’infidélité, elle avec l’adolescent qui a renversé leur enfant et au contact duquel elle retrouve la paix tant recherchée en une relation des plus ambigües. Jason lui-même n’est pas le mauvais garçon que l’on croit tout d’abord. Rongé par la culpabilité et souffrant de l’absence de son père, il se refugie dans le dessin. Epurée, la mise en scène s’efface derrière des comédiens formidables dont les plus justes (Dianne Wiest, Miles Teller) ne sont pas, là aussi, ceux auxquels qu’on pense, Nicole Kidman, pourtant saluée par la critique, livrant une performance toute en intériorité qui manque de naturel. Teinté d’une sourde mélancolie, Simple et délicat, Rabbit Hole pose un regard mélancolique sur un sujet difficile. (19.10.2025) ⍖⍖


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