Avec S.O.B. (comme « Son Of A Bitch », « Standard Operational Bullshit » ou « Sexually Oriented Business »), qu’il tourne entre deux œuvres majeures, Elle (1979) et Victor, Victoria (1982) mais qu’il a écrit pendant son exil forcé en Angleterre au milieu des années 70, Blake Edwards règle ses comptes avec Hollywood. Il y dévoile l’envers du décor de cet entre-soi qu’il connaît bien, immoral et décadent, uniquement régi par le fric, où les réalisateurs peuvent être jetés à la poubelle, dépossédés de leurs films, et que peuplent des personnages tous plus détestables les uns que les autres, du producteur envahissant manipulé par sa poule à cet aéropage de nuisibles qui gravitent autour des stars. Sans être autobiographique, Edwards s’est nourri de son expérience vécue lors des tournages épuisants de Darling Lili (1970), qui se solda par un bide cuisant et de Deux hommes dans l’Ouest (1971) dont le montage lui échappa. Il est difficile dès lors de ne pas identifier Blake Edwards derrière ce Félix Farmer que l’échec de sa dernière comédie musicale accule au suicide avant de se lancer, brutalement revitalisé, dans un pari fou : transformer son film inoffensif en pandémonium érotique ! En confiant le rôle de l’actrice Sally Miles, l’épouse de Farmer, à sa propre femme, Julie Andrews, égérie des comédies musicales innocentes des années 60 (Mary Poppins, La mélodie du bonheur) comme son personnage, Blake Edwards fait se confondre fiction et réalité de manière troublante et masochiste, particulièrement lorsque Sally / Julie doit exhiber ses seins nus à l’écran.
Farce qui n’évite ni la caricature ni la vulgarité, totalement assumées par ailleurs, et qu’il aurait pu faire l’économie d’une dernière demi-heure inutile alors qu’il avait tout dit en 90 minutes, S.O.B. mérite cependant d’être vu et ce pour plusieurs raisons. Pour son rythme frénétique qui colle parfaitement à l’hystérie de l’ensemble. Pour sa relecture de La Party (la soirée hollywoodienne qui vire à la partouze alcoolisée), où Edwards égratignait déjà le monde du cinéma quoique plus gentiment. Pour sa distribution jubilatoire de laquelle dépassent William Holden et surtout Robert Preston qui multiplie les saillies absurdes. C’est aussi le plaisir de retrouver Robert Webber et de voir enfin Robert Vaughn (en producteur à la Robert Evans) dans autre chose d’une série Z. En revanche, Robert Mulligan est franchement énervant. Quant à Larry Hagman, exagérément mis en valeur par l’affiche française afin de capitaliser sur le triomphe de Dallas, il est presque inexistant, comme toujours lorsqu’il n’est pas le diabolique J.R.. Enfin pour ce qui reste la meilleure idée du film, ce jogger qui tout du long en arrière plan, agonise et meurt sur la plage aux côtés de son chien qui veille sur lui, dans l’indifférence totale des gens qui s’amusent autour et se baignent, métaphore d’une société du spectacle inhumaine. Peinture d’Hollywood au vitriol et sans finesse, S.O.B. demeure donc néanmoins attachant et intéressant par le regard à la fois caustique et désabusé que Blake Edwards porte sur propre cinéma. (28.10.2028) ⍖⍖
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