Il peut paraître curieux que, six ans à peine après la fin de Seconde Guerre mondiale, des Américains décident de brosser le portrait du plus grand héros de la guerre allemand. Certes, on assiste à la défaite de l’Afrikakorps et à la débâcle d’Hitler mais il s’agit tout de même d’un film à la gloire du maréchal Rommel. En dépit de son succès, les Anglais ne l’ont que modérément apprécié, estimant que Montgomery n’était pas suffisamment mis en valeur. C’est pourquoi la Fox décida de produire une suite, mais cette fois à la gloire de l’armée britannique : Les rats du désert (notez que dans le titre, on passe d’une manière peu avantageuse du renard aux rats), réalisé par Robert Wise en 1953 avec Richard Burton et à nouveau James Mason dans la peau de Rommel. Reposant sur un solide scénario de Nunnally Johnson, un des meilleurs scénaristes de sa génération, Le renard du désert prend la forme d’une enquête, racontée par un soldat britannique (voix off idéalement doublée en français par Jean-Claude Michel). A la mort du maréchal qu’il juge pour le moins mystérieuse, l’Anglais décide de se pencher sur les dernières années de la vie de Rommel, de la défaite d’El-Alamein (1942) à son suicide forcé par Hitler, sans oublier la tentative d’assassinat sur la personne du Führer. Le renard du désert ne se résume pas à une bête hagiographie de Rommel. Hathaway ne passe ainsi pas sous silence la complexité du personnage. Même s’il désapprouve les ordres émanant de Berlin, en bon militaire, il les exécute néanmoins. Le film saisit bien l’évolution et la prise de conscience progressive de l’homme de guerre vis-à-vis d’Hitler. En effet, au début il juge que le chancelier est avant tout mal conseillé. Mais petit à petit, il se rend compte de la folie du chef de l’Allemagne. Au départ, il ne veut pas participer à l’assassinat d’Hitler. C’est en comprenant qu’il s’agit là de l’unique solution, vu le désastre vers lequel l’Allemagne s’achemine, et refusant de conduire ses hommes à la mort, qu’il accepte finalement de prendre part au complot.
Intelligemment, Le renard du désert ne fait pas de Rommel un Nazi (la distinction est clairement opéré, Rommel n’est pas Himmler) mais un militaire et un stratège hors pair, respecté de ses hommes et des Alliés. De même que le film a bien saisi la philosophie, la vision du monde développée par Hitler (pas de capitulation possible comme en 1918 et sa devise : la victoire ou la mort), les conditions de la mort de Rommel sont bien mises en évidence. Il s’agit nullement du simple suicide puisqu’on lui a forcé la main. Mais le Führer étant tout sauf un imbécile, il organisa de somptueuses funérailles afin de récupérer à son profit la mort du maréchal, ce dernier étant particulièrement aimé du peuple allemand. Le renard du désert repose enfin sur la composition hallucinante de James Mason qui trouve en Rommel un de ses plus grands rôles, dont il faillit d’ailleurs rester prisonnier tant il s’est identifié au personnage. Il rend admirablement les complexes et les tourments qui le déchirent face à un chef dément qui ignore toute raison. L’acteur offre une vision grandiose et attachante de cet homme dont il fait un véritable héros, un chevalier des temps modernes. Un résistant. Henry Hathaway, qui trouve le moyen de signer trois autres longs métrages la même année (L’attaque de la malle-poste, 14 heures et La marine est dans le lac), adopte volontairement un style parfois documentaire, flirtant avec le polar, avec noir et blanc de mise, utilisant des stock-shots pour les batailles et le débarquement en Normandie. Sa mise en scène est d’une remarquable efficacité, juste et précise, particulièrement lors des déchirants adieux entre Rommel et sa femme, filmés et interprétés avec une sobriété exemplaire. Un très beau film. (2001) ⍖⍖⍖
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