Publié en 2006, Dei Kaberoi n’est pas une œuvre originale de Kawir, groupe culte de la scène black metal hellénique mais l’agrégat cohérent de onze pièces de différentes origines. Habillé d’un luxueux digibook en cuir ultra limité, ce disque ne propose finalement rien de bien nouveau à l’horizon pour le connaisseur. Ceci dit, Dei Kaberoi a toutefois le mérite de (légèrement) dépoussiérer – l’ensemble a été remasterisé pour l’occasion – des antiquités qui remontent aux débuts de la carrière du groupe. Il se compose donc des six titres figurant sur le EP To Cavir en 1995 (les six premiers), du mini antédiluvien Eumenides de 1994 (les deux derniers) et de trois morceaux gravés en 1996. Bref, c’est l’âge d’or de Kawir, quand celui-ci venait d’enfanter le fameux split avec les Japonais de Sigh. On retrouve de fait cet Art Noir à la moussaka, plus atmosphérique que symphonique (« Artemis »). Les claviers sont omniprésents ; ils sont là pour tisser des paysages mythologiques, installer des ambiances sinistres ; le chant est possédé tandis que les guitares érigent des riffs qui forment les fondations de temples en l’honneur des dieux anciens.
Parfois accompagnés par des voix féminines (« Dei Kaberoi »), par une flûte mystérieuse (le très beau « Hymn To Zeus »), ces pulsations témoignent de la classe et du talent d’une formation par trop sous-estimée. A l’écoute de perles telles que l’entêtant « Hermes », le rapide « Hecates & Ianos », le majestueux « Artemis » ou bien encore le noir et grandiose « Eumenides » (assurément un des piliers du groupe), il est légitime de se demander pourquoi leurs géniteurs ne sont pas davantage reconnus. Surtout, Kawir possède ce charme latin inimitable, qui apporte un peu de fraîcheur par rapport aux hordes du Grand Nord. Les textes inspirés des mythes et légendes grecques participent aussi de cette touche si particulière. Le tout baigne dans ce climat méditerranéen qui, loin d’ensoleiller la musique du groupe, contribue au contraire à la plonger dans les ténèbres. S’il est surtout destiné aux archéologues, Dei Kaberoi peut être aussi une bonne porte d’entrée pour les néophytes ou les puceaux qui souhaiteraient pénétrer dans les arcanes d’une entité sympathique et humble qui mérite réellement d’être reconnu à sa juste valeur, tout autant, si ce n’est plus que les ténors helléniques de l’acabit de Rotting Christ et autre Septic Flesh. Je sais, je me répète mais il est parfois nécessaire d’en rajouter une couche ! (12.01.09) ⍖⍖⍖
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