Costa Gavras - Z (1969)


En mai 1963, le député grec et chef de l’opposition Grigóris Lambrákis est assassiné, sa mort masquée en accident, prélude au coup d’état qui instaurera en 1967 la dictature des colonels. Cet attentat et l’enquête par le juge d’instruction et futur président Chrístos Sartzetákis, dictent au journaliste Vassílis Vassilikós le roman Z publié en 1966 dont s’empare très tôt Costa Gravas. Si le nom des protagonistes a été modifié et le pays en question jamais nommé, ce qui lui confère en outre une dimension abstraite et néanmoins universelle, les événements racontées pouvant ainsi s’appliquer à de nombreux états totalitaires, l’œuvre n’en désigne pas mois frontalement sa cible, à laquelle fait référence la lettre Z (« il est vivant »), symbole de protestation  des soutiens du député martyr. Le film s’inscrit dans un double contexte, complémentaire par ailleurs, politique et cinématographique, de la fin des années 60 emportée par un souffle contestataire et la défiance face à un fascisme renaissant. Cinéaste de gauche, Costa Gavras interroge les mécanismes conduisant une démocratie à basculer dans la dictature dont il pointe les ferments et les complicités, tant politiques que judiciaires. Il réussit ainsi parfaitement à matérialiser la tension paroxysmique et menaçante qui précède l’exécution du « docteur » lors d’un meeting qui gronde de forces antagonistes. 


A la manière d’autres brûlots contemporains, italiens ou américains pour la plupart, Z double cependant son réquisitoire courageux, quoiqu’un peu trop didactique, d’une enquête passionnante, ce qui contribue à sa redoutable efficacité. Il y est aidé par une distribution incroyable qui a de quoi faire rêver les amoureux du cinéma français de cette époque, des grands noms (Jean-Louis Trintignant, Yves Montand dont les sympathies communistes ne sont pas un mystère) aux plus petits et néanmoins précieux, visages et voix indispensables de notre patrimoine pelliculé. De Charles Denner à Julien Guiomar, de Marcel Bozzuffi à Bernard Fresson, de François Périer à Jean Bouise, de Jaques Perrin à Pierre Dux sans oublier Georges Géret, ils sont tous là, qui répondent présent afin de dénoncer les agissements d’un état autoritaire et les conditions qui ont présidé à sa prise de pouvoir en Grèce, mais comme cela pourrait se produire ailleurs. Matrice du thriller politique à la française qui tient en haleine deux heures durant, Z a connu un grand succès tout à fait légitime, pièce maîtresse et emblématique de l’œuvre de Costa Gavras dont elle inaugure une série remarquable de films engagés. Suivront ainsi L’aveu (1970), Etat de siège (1973) et Section spéciale (1975)...  (18.12.2025) ⍖⍖⍖



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