Pour moi, Lifelover, réunion de mercenaires de la scène black metal suédoise qui se croisent dans Ondskapt, Dimhymn ou bien encore IXXI, c’est avant tout un visuel incroyablement érotique, celui de sa première offrande, Pulver, avec cette femme nue barbouillée de sang, couchée dans l’herbe. Le résultat est somptueux et je ne vous parle même pas du vinyle ! Lifelover, c’est aussi ces pilules auquel on associe le groupe. Lifelover, c’est aussi déjà trois albums en trois ans, dont ce Konkurs, le dernier en date donc. Mais attention, malgré le tableau de chasse de ses membres, point de pur black metal ici, plutôt une espèce de dark metal à la germanique, celui de Bethelehem, de Deinonychus. Le chant, plaintif, écorché avec du papier de verre, évoque beaucoup cette chapelle. Mais surtout, Lifelover fait du Lifelover, soit une bande son qui ne file jamais droit et dont la grande force est d’atteindre le point G du malsain. Même des instruments à priori inoffensifs tel que le piano ou l’accordéon (« Konvulsion », à des années lumière de Yvette Horner) se parent chez les Suédois d’un voile de pourriture. Ecouter par exemple les notes finales de « Brand » pour vous faire une idée. Il y a bien quelque chose de pervers dans ce groupe. Gangrené par une folie rampante, dérangeante, cet agglomérat de quatorze cachets généralement assez courts, souvent chantés dans la langue locale progresse d’une manière vicieuse, serpente dans un charnier fumant d’où émanent des ondes d’une négativité poisseuse.
Ca grouille de détails tordus (les voix à la fin de « Cancertid » notamment). Bref, depuis le chant dégénéré ou carrément désespéré jusqu’aux guitares obsédantes (« Twitch »), tout dans cet album participent d’un climat morbide et malsain qui met mal à l’aise. Néanmoins, hypnotiques et minés par une mélancolie souterraine, ces titres se révèlent tous être de petits bijoux de composition écrits à l’encre noire du désespoir. Comment ne pas être touché au plus profond de son âme à l’écoute du douloureux « Narcotic Devotion », qu’égrènent des notes de guitares squelettiques, et plus encore de l’instrumental « Original », certainement ce que le groupe a enfanté de plus noir et donc de plus beau ? Konkurs est un bloc tout entier rongé par un mal être absolu, par une lèpre contagieuse et en réalité, chacun de ses quatorze segments pourrait être cité pour témoigner de sa noirceur. Et de sa beauté également car c’est une œuvre souvent superbe qui en dépit de sa dégénérescence atteint parfois de purs moments de grâce (« Stängt P.G.A. Semester », « Original », « Mitt Annexia »), une grâce emprunte il est vrai d’une tristesse poignante. Ce disque fait partie de ceux dont on ne sort pas indemne de leur écoute et qui laissent pendant longtemps de profonds résidus dans la mémoire. Et dans l’imaginaire aussi… (18.12.2008) ⍖⍖⍖
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