A.D.3 opération : requin blanc est un de ces nombreux europsy que les Italiens ont usinés au milieu des années 60, plus proches d’OSS 117 et des romans de gare que des films de James Bond. Il en constitue même un des spécimens les plus fauchés. Pas de sous, pas d’idées, pas de sales gueules familières en second plan mais un de ces énièmes bellâtres américains échoués en Europe comme héros (l’obscur Rod Dana, (in)aperçu dans le Cléopâtre de Mankiewicz). Cela ne commençait pourtant pas si mal, les premières minutes plantées dans un cadre campagnard et automnal laissant espérer un ton, une esthétique, agréablement inhabituels dans le genre. Las, les scènes suivantes témoignent de l’indigence, tant du budget (deux types dans un pauvre bureau pour figurer les services secrets) que du scénario (encore une histoire de savant enlevé par une mystérieuse organisation !). Puis le héros, sélectionné par un ordinateur parce qu’il parle plusieurs langues et allie biscotos et connaissances scientifiques, apparaît dans un mauvais décor de saloon. Pourquoi ? On ne sait pas. Incapable de pallier ce budget anémique, le reste est à l’avenant, mollement troussé par Filippo Walter Ratti dont Erika ou Les nuits sexuelles démontreront quelques années plus tard que l’érotisme lui sied davantage que l’action, sans toutefois déserter les profondeurs les plus abyssales du bis italien. Il nous a ainsi rarement été donné de voir des scènes sous-marines aussi dénuées d’intérêt.
Pourtant et comme souvent avec ces modestes bobines, A.D.3 opération : requin blanc n’est pas sans ruisseler un petit charme. Une photographie parfois chatoyante, quelques bouts de décors soit miteux soit insolites (les grottes) et l’indispensable touche sexy le sauvent ainsi vaguement de la platitude. La française Janine Reynaud (la méchante) et Franca Polesello (la gentille) en incarnent même les principaux atouts, la première lors d’un numéro chanté notamment, serrée dans une robe au décolleté plongeant, la seconde qui se bagarre contre d’autres filles aux courbes félines ou échappe de peu à la mort, cruellement torturée sous les yeux lubriques du vilain que sa souffrance semble nettement exciter. Si, entre fusillade, poursuite en voiture et explosion, la dernière partie lui permet de laisser une impression plus favorable que prévu, le fait est que Opération requin blanc peine à tenir les aguichantes – et donc trompeuses - promesses qu’exhibe une affiche, comme souvent avec le cinéma de genres, plus réussie que le film lui-même. On ne soulignera d’ailleurs jamais assez tout le bien qu’il faut penser des affichistes de l’époque, Italiens au premier chef et biberonnés aux Fumetti, mais ceci est un autre sujet... (26.12.2025) ⍖
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