Il y a un an, avec son premier jet éponyme, Mandy Manala affolait le compteur Geiser du hard rock accordé au féminin et léché par des flammes occultes. Que les Finlandais soient déjà de retour avec une deuxième rondelle entre les cuisses est bien entendu une bonne nouvelle pour les amateurs toujours assoiffés de ce nectar vintage et féminin mais pouvait laisser craindre néanmoins une certaine précipitions car nous ne sommes tout simplement plus habités à voir des groupes, même encore tout jeunes, pondre un disque par an, ce qui était pourtant la norme dans les années 70 et 80. Après un galop d’essai qui plaçait la barre déjà assez haut, une déception, même relative, ne risque-t-elle pas d’entacher la défloration de son successeur ? D’autant plus que l’effet de surprise jouerait forcément moins cette fois-ci. Le titre de ce deuxième album indique en tout cas que Mandy Manala n’a pas encore mis du sirop dans son vin de messe au goût épais. Les aspects les plus noirs de l’existence et de l’(in)humanité demeurent le carburant de chansons que sucent de sensuelles ténèbres. Les films de Bergman, l’Enfer de Dante ou le Dracula de Bram Stocker par exemple figurent parmi les sources d’inspiration de ce Something Wicked dont le chant féminin (nous y reviendrons) et les riffs accrocheurs ne l’extraient par conséquent jamais vraiment d’une obscurité tenace, bien au contraire.
Le fond ombrageux intact, la forme demeure quant à elle toujours aussi brûlante et acérée comme nous (r)assure d’emblée le nerveux et plombé ‘Bloodred Chapel Of Sin’ qui par son efficacité ferre le pèlerin en à peine plus de cinq minutes. Comme l’opus précédent, le menu est le résultat d’une alchimie rare et curieuse entre saillies batailleuses et souilles écoulant des atmosphères incandescentes et presque vicieuses. Outre l’entame déjà citée, les premières sont incarnées par ‘Nocturnal Bites’ que sabrent des guitares élancées, ‘Underneath The Sea’ qui transpire une urgence sombre et ‘Beneath A Steek Sky’ dont la mélodie sucrée cache mal une colère sourde. Les secondes épousent les courbes pesantes d’un ‘Bridges’ charnel ou de ‘The Dark Passenger 2’ dont l’amorce faussement directe est vite avalée par une lente reptation sournoise dans les profondeurs corrompue d’une intimité charbonneuse, comme si Deep Purple baignait dans le vice. La voix puissante de Christa Nedergård, au grain sensuel, reste la clé de voûte de cet édifice immédiat et ténébreux tout ensemble, autant capable de griffer que de ronronner, de désespoir toutefois (‘Shoebox’), mais orgues diaboliques (‘Psalm 77 :7’) et assise instrumentale appuyée (‘Something Wicked’) étendent toujours un lit aux allures de pandémonium. Sans confonde vitesse et précipitation, Mandy Manala transforme l’essai avec ce Something Wicked, deuxième album bourré d’un charme ténébreux. (23.07.2026) ⍖⍖⍖
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