D’abord assistant de Jean Delannoy et surtout de René Clair, puis réalisateur sans prétention de comédies populaires, Michel Boisrond doit beaucoup aux acteurs célèbres qu’il a fait débuté ou embauché alors qu’ils étaient encore peu connus, de Brigitte Bardot (Cette sacrée gamine, Une Parisienne) à Alain Delon (Le chemin des écoliers qui réunit aussi, excusez du peu, Bourvil et Lino Ventura). Dans C’est arrivé à Aden, son deuxième film, on remarque les jeunes Michael Lonsdale et Claude Rich, mais ils n’ont que de petits rôles qui ne leur permettent pas d’attirer encore l’attention, même si voir le premier en officier britannique qui roucoule, est suffisamment rare pour être noter. Quel plaisir surtout de retrouver – et d’entendre – Jacques Dacqmine dont la voix triste et distinguée (celle de Pétrone dans la version française de Quo Vadis) est plus célèbre que le visage. Chanceux, il séduit la délicieuse Dany Robin qui lui préférera néanmoins un Arabe (incarné par Jean Bretonnière !). André Luguet et Jacques Dubry notamment complètent une distribution savoureuse qui demeure le principal atout de cette comédie exotique aussi charmante qu’inoffensive où une joyeuse troupe française de théâtre ambulant échoue à Aden alors sous domination britannique.
Les actrices ne laissent évidemment pas indifférents les hommes de la garnison ainsi qu’un prince oriental avec lequel les Anglais souhaitent nouer un accord. Pourquoi alors ne pas tirer profit des charmes de l’une d’entre elles (Dany Robin) pour cela ? Une certaine verve, le puritanisme gentiment taquiné à travers ce pasteur qui voit d’un mauvais œil l’irruption de jeunes femmes aux mœurs un peu légères, et des idées amusantes comme la façon dont les pièces de théâtre interprétées répondent aux actions des personnages (dont une version d’Othello pour le moins personnel) comblent à peine une mise en scène bien pale et un manque de moyens évident, particulièrement lors de l’accident du bateau dont on voit trop qu’il s’agit d’un bout de décor dans un studio. Vingt ans auparavant, les Américains parvenaient sans mal à être plus réaliste, c’est dire ! Ce qui n’enlève rien au plaisir, modeste, de découvrir C’est arrivé à Aden, comédie désuète et oubliée. (31.12.2025) ⍖⍖
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