Tous les chantres du black metal suicidaire doivent un tribut éternel à Burzum, cela est un fait avéré. Mais bien que son succès commercial reste (alors) toujours limité, Katatonia s’impose aussi comme la seconde mamelle que viennent téter ces adorateurs du désespoir. Dans les cryptes, dans les caves, on a bien potasser la sainte trinité constituée des matriciels Dance Of December Souls, For Funerals To Come… et Brave Murder Day ; on connaît son Blakkheim sur le bout des doigts. Comment ne pas penser aux Suédois au moment de noircir ces quelques lignes sur Necronoclast ? On est bien obliger d’emprunter ce raccourci tant, du visuel, qui ne manquera pas d’évoquer, en plus morbide, celui de Tonight’s Decision (1999) à cette science des riffs obsédants (« Necronoclast » pour ne citer qu’un exemple), sans parler de l’intro du sinistre et donc excellent « Vultures », la filiation saute aux oreilles. Mais réduire ce projet britannique d’un seul homme à une copie, aussi réussie soit-elle de l’aîné scandinave serait injuste et réducteur. A force de toujours vouloir arrimer la musique d’un groupe à ceux qui se sont abîmer par là avant, on en vient à passer à côté des qualités certaines qu’il possède. Necronoclast, en témoigne, lui qui répand avec maîtrise sa vermine sonore.
Maladif et torturé, son black metal dépressif, parfois rapide, est infesté, gangrené par un acide ferrugineux ; il baigne à la surface d’une eau croupie opaque dans laquelle il est préférable de ne pas se noyer. Ode à la mort et à la décrépitude, The Plague remplit de fait haut la main son funeste cahier des charges. Forgées autour de vocalises vomies, arrachées de la gorge d’un supplicié et des lignes de guitares polluées, rongées par une lèpre sale et poisseuse comme le sang des menstrues, ces agressions mortifères ouvrent les vannes d’une noirceur indicible qu’aucune chance de salut ou d’espoir ne vient jamais éclairer au point d’en devenir étouffante. L’odeur pestilentielle de la mort semble être accrochée à ce charnier au goût de suint et de corps en décomposition. Rarement un album n’aura autant exsudé la mort par toutes les notes qu’il égrène. Surtout, l’une des ses grandes forces repose dans la faculté que détient l’Anglais à parvenir à exprimer ce sentiment sans se sentir obligé, contrairement à tant d’autres se réclamant de la même chapelle obscure, de battre des records de lenteur avec un escargot ayant ingurgité du Valium par boîte de douze. Plus dark façon Bethlehem et Deinonychus finalement que black à la Striborg par exemple, Necronoclast, avec sa seconde offrande après le déjà remarqué Monument, enfante une pulsation décharnée horriblement malsaine qui devrait donner aux flagellants de tout bord l’envie de préparer leur corde. (24.09.2008) ⍖⍖
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