KröniK | Bræ - Av vålnader bortom allt (2023)


Au sujet de Bræ, nous n'en savons toujours pas davantage. Est-ce un groupe ? Le projet d'une seule créature ? S'agit-il même d'êtres humains planqués derrière ce voile opaque ? La question mérite d'être posée tant le black metal ici labouré semble être le fruit d'une entité mystérieuse, venue de très loin ou du fond des âges mais des limbes assurément. En cela, Bræ renoue avec l'esprit originel de l'art noir, quand il était l'œuvre de musiciens dont la nature humaine n'était pas si évidente, goules grimées échappées d'une cave méphitique qu'éclairent de pales chandeliers. Bræ pourrait être lusitanien. Ces guitares polluées, gangrenées par la rouille, ces hurlements qui percent la nuit brumeuse, ce tempo un peu bordélique et cette façon de errer dans les ténèbres que parcourt le souffle ferrugineux de sonorités abominables y font penser. En fait, fruit de la copulation entre Déha  et Swartadauþuz, deux artistes diarrhéiques s'il en est, le projet soit écartelé entre la Belgique et la Suède, ce que le titre de son deuxième signe de mort parait corroborer. Mais encore une fois et au risque de se répéter, son origine géographique et l'identité de ses géniteurs importent moins que la grandeur cryptique et la beauté aussi sourde qu'hypnotique érigées par Av vålnader bortom allt qui, à l'instar de son devancier, étire sa noirceur rampante par l'entremise de deux complaintes de plus de vingt minutes et couvrant chacune une face du vinyle sous le format duquel elles ont été gravées. 

Un vinyle qui ne tournerait pas à la bonne vitesse tant l'ensemble ne file jamais droit, suivant un chemin sinueux, accidenté, conduisant dans les profondeurs abyssales d'un puits sans fond, gouffre qui parait creuser jusqu'aux entrailles de la terre. S'abîmer dans les arcanes du successeur de A Thousand Ways To End It All revient à déambuler dans les boyaux telluriques d'un monde désincarné que ni lumière ni espoir ne parviennent jamais à réchauffer. Le chant est écorché si tant est qu'on puisse parler de vocalises pour décrire ces cris stridents qui résonnent comme des râles lointains capturés dans un bathyscaphe. Les guitares sont osseuses, parfois acoustiques, toujours cadavériques, suintant un pus maladif et la rythmique, déglinguée et fantomatique, bat d'un pouls empoisonné. Au final, vouloir arrimer Bræ au black metal atmosphérique tient de l'absurdité car son art noue presque en définitive plus de liens avec le funeral doom dont il épouse le caractère ambient et monotone et ce, quand bien même il n'hésite parfois pas à appuyer sur l'accélérateur au milieu de ces interminables derelicts qui tiennent lieu de composition. Nous pourrions détailler par le menu ces deux pistes mais 'I nattskrud viska' et 'Efter ålderdomens tid' édifient en fait une seule et même reptation sinistre et hantée, crépusculaire et spectrale tout ensemble, les contours flous, le tempo souffreteux, l'ambiance malsaine sinon mortuaire, l'issue funeste, comme happée par un trou noir. Bræ ne s'explique pas. (28.01.2023) ⍖⍖⍖

Commentaires

Random posts

En vrac

Plus d'éléments

Goddess

Accueil