Elliot Silverstein - Enfer mécanique (1977)


Faisant plus que loucher sur Duel (1971) et Les dents de la mer (1975) de Steven Spielberg, Enfer mécanique embarque une voiture folle - sans chauffeur - sillonnant les étendues désertiques de l'Utah dont elle moissonne les malheureux qu'elle croise, bolide infernal qui surgit au son d'un klaxon échappé des entrailles de la terre. Mais passée une entame prometteuse qui voit un couple de cyclistes pourchassé par la bagnole que nous retrouvons peu après foncer sur un auto-stoppeur, le film perd malheureusement en intensité, s'enlisant dans le parcours croisé de protagonistes stéréotypés (le flic veuf qui élève ses filles, sa nouvelle copine, enseignante et femme de caractère par surcroît, le collègue tourmenté au comportement un peu louche) sans oublier des situations déjà vues chez Spielberg, témoin la scène où Lauren (Kathleen Lloyd) et sa classe sont attaquées par l'automobile comme une réplique au requin de Jaws. Capable avec la même aisance de trousser un western débraillé avec Lee Marvin dont il peine à contenir le cabotinage (Cat Ballou) ou plus brutal (Un homme nommé cheval, son chef-d'oeuvre qui doit cependant beaucoup à la performance masochiste de Richard Harris), Elliot Silverstein assure un travail efficace mais finalement guère plus que cela quand bien même il exploite non sans habileté l’isolement aride fourni par son décor caillouteux. 

Malgré ces phares comme des yeux globuleux qui lui confèrent une expressivité malsaine, le metteur en scène ne réussit jamais vraiment donner vie à cette voiture, moins dans tous les cas que John Carpenter qui saura bien davantage injecter à sa Christine d'une âme malfaisante. Si l'idée est bonne de ne pas proposer d'explication aux meurtres commis par la Lincoln Continental qui semble toutefois privilégier les victimes sympathiques plutôt que les crapules tel ce mari brutal campé par R.G. Armstrong, qui échappe au châtiment mécanique, le film de Silverstein ne partage ni la force ni la richesse de Duel dont le suspense se révèle en définitive bien plus vraisemblable. Enfer mécanique se limite donc à une voiture qui fonce gratuitement sur des gens, ne cherchant que l’efficacité et la terreur et se doit d’être pris pour ce qu’il est, une série B percutante dans le sillage des road-movies rugueux de l’époque (Point limite zéro) et non comme un grand film fantastique malgré le modeste culte dont il jouit aux Etats-Unis. Ecrit part le duo qui signera pour Clint Eastwood L’épreuve de force, The Car rappelle enfin à notre bon souvenir un James Brolin énergique et séduisant dont la carrière est alors jonchée d’une poignée de réjouissantes bobines (Mondewt, Capricorn One, Amityville). (16.04.2022)  ⍖⍖



 

Commentaires

Random posts

En vrac

Plus d'éléments

Goddess

Accueil