Dans les années 70, les Italiens n'étaient pas les seuls à trousser des bobines rigolotes et coquines, les Brésiliens notamment n'étaient pas en reste avec le sous-genre baptisée pornochanchada. Mais d'une production pléthorique mal connue, rares sont les films à avoir franchi l'Atlantique à l'exception de ceux commis par le cultissime José Mojica Marins dont on discerne d'ailleurs mieux la trogne horrifique (A minuit je posséderai ton âme) que la face érotique voire franchement porno (24 Horas de Sexo Explicito). Qui connaît en Europe les travaux de Silvio de Abreu, Ody Fraga ou Luiz Castellini ? Parmi ceux-ci, Jean Garrett occupe une place un peu singulière au sein de cette sexploitation que ses obsessions poissent d'une semence parfois curieusement dramatique. Comme souvent avec ces comédies érotiques brésiliennes, La femme qui inventa l'amour dresse les couleurs d'un féminisme joyeux et paillard, ne serait-ce déjà par son personnage principal, prostituée qui se taille une réputation de simulatrice mythique flattant l'égo de ses partenaires en série durant des travaux du lit qui semblent l'ennuyer.
Du vieillard impuissant au jeune éphèbe homosexuel, du gommeux star d'un soap opera au type ramassé dans la rue que Doralice (devenue plus tard Talula) s'amuse à travestir, tous les hommes sont brossés dans leur virilité cocasse, dans leur masculinité châtrée. Tout aussi singulière se veut l'ouverture de A Mulher que Inventou o Amor qui déballe le viol de la jeune femme par un boucher dégueulasse entre les carcasses de viande d'une une arrière-boutique crapoteuse baignée d'une lumière rouge qui clignote. Ambiance sordide dont la modernité rude laisse croire qu'on est tombé dans un film de Gaspard Noé. A cette défloration brutale répond la mise à mort finale de l'amant en un grand guignol giallesque. Dans la peau de cette femme qui se consume de désir, des rêves pleins la tête, Aldine Muller brûle la pellicule, exsudant une douceur à la fois narquoise et mélancolique. (02.04.2022) ⍖⍖



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