Moins réputé que les films composant le cycle Edgar Poe (La chambre des tortures, La chute de la maison Usher, Le corbeau), L’halluciné n’en demeure pas moins drapé d’une aura culte et ce, pour au moins deux raisons. Premièrement parce qu’en raison de son tournage à l’économie, il résume parfaitement le style et l’approche de Roger Corman qui ne craint pas de monter un projet uniquement pour recycler un bout de décor ayant déjà servi et dont il dispose alors, un château au cas particulier. Un scénario est noirci en quelques jours et le tournage expédié en à peine plus de temps. C’est la méthode Corman, pragmatique et sans prétention. Le résultat pourrait souffrir de ce budget au rabais et d’une exécution précipitée mais il n’en est rien. Mieux, The Terror fascine par la beauté de ses images, écrin gothique de château sinistre dont on arpente les inquiétants corridors et de cimetière brumeux que hante le fantôme d’une femme mystérieuse. Il faut dire que le réalisateur sait toujours (bien) s’entourer d’inconnus qui ne le resteront pas longtemps, devant la caméra (le jeune Jack Nicholson) et derrière (Francis Ford Coppola, Monte Hellman) tandis que le vétéran Boris Karloff rempile quelques semaines après Le corbeau.
Pour cette affiche aussi, bourrée de futurs talents, L’halluciné est donc une petite œuvre culte. Petite parce que son intérêt reste malgré tout modeste, la faute à un matériau dont le peu d’épaisseur ne saurait masquer l’empressement avec lequel il a été imaginé. Mais par son romantisme et son atmosphère désolée, le film tisse une histoire qui semble être hors du temps et de l’espace, loin du fracas des guerres napoléoniennes dont André Duvalier (Jack Nicholson) est le soldat égaré. La rareté des protagonistes comme celle des décors nourrit une forme d’abstraction, ces extérieurs faits de plages et de rochers érodés par la mer soulignent cette ambiance irréelle. Ce qui donne tout son sel à cette production que Bach Film a publiée dans une édition DVD miséreuse aussi fauché que son contenu rebaptisé pour l’occasion Le château de la terreur qu’il ne faut pas confondre avec The Strange Door de Joseph Pevney au titre français identique et lui aussi animé par Boris Karloff ! (03.04.2022) ⍖⍖


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