Contrairement à ce que pourrait faire penser l’intro « Psalm 666 », durant laquelle on reconnaît la voix de George W. Bush, The Meads Of Ashpodel n’a rien, mais alors vraiment rien à voir avec Ministry. Enfant de la Perfide Albion, on tient là un des plus singuliers (et donc un des plus passionnants) ovnis portant haut la bannière du black metal. S’il entretient des attaches évidentes avec l’art noir, de nombreux détails que ce soit dans le fond comme dans la forme, viennent parasiter cette filiation. Dans le fond tout d’abord, le groupe développe certes une fascination pour l’époque médiévale, comme en témoigne le visuel de Damascus Steel, à l’instar de beaucoup d’autres entités, mais il le fait avec une approche plus historique (les Croisades…) que théologique ou satanique. Aucune trace ici donc d’une quelconque allégeance aux forces des Ténèbres.
Dans la forme enfin, les Rosbifs cultivent une musique qui n’appartient qu’à eux, sorte de metal noir drapé dans une production sans afféteries, biscornu, très rock par moment (« Creed Of Abraham » par exemple) où avoisinent accélérations furieuses, pleines d’emphase (« Beyond Death And Darkness ») et plans quasi progressifs, voire carrément cosmiques. La reprise d’Hawkwind en atteste, de même que la longueur des morceaux. Explorateur que rien n’effraye, The Meads Of Asphodel taille un maquis dans un genre depuis longtemps gangrené par le conformisme et la médiocrité, n’hésitant pas pour ce faire à glisser des violons dans ses compos sans que le résultat ait des allures symphoniques, ou bien des flûtes et trompettes, sans oublier un passage aux confins de la disco (« The Gods Who Mork Us ») ; osant enfin colorer son black metal de touches orientales et seventies (la huitième plage au titre interminable, notamment). Proche de son prédécesseur, l’excellent Exhuming The Grave Of Yeshua, Damascus Steel est encore une fois une espèce d’auberge espagnole qui ne ressemble à rien de connu ; c’est justement ce qui en fait tout la valeur. Unique et bizarre donc, mais diablement jouissif. (16.09.2007) ⍖⍖⍖


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