Mekong Delta a toujours été une entité cultivant le mystère. Tout chez lui, à l’image de sa mascotte, depuis son étrange patronyme au genre qu’il pratique, le techno thrash – sorte de cour des miracles musicale fourre-tout proche de l’auberge espagnole -, confine de fait au singulier. Coincé entre des brutes bas du front de l’acabit des Sodom, Destruction, Kreator et Tankard, le groupe, c’est évident, fait figure d’ovni au sein de la confrérie extrême d’outre-Rhin. Et puis du reste, y-a-t-il plus vilain mot que techno thrash, étiquette maladroite dont beaucoup pensent qu’il s’agit en réalité de la copulation contre-nature entre le metal et la techno. Parler de thrash progressif serait sans doute plus adéquat pour qualifier un genre marginal, il est vrai, très porté sur la technique et la démonstration. Comme l’illustre Kaleidoscope, titre qui résume admirablement le contenu de la chose, Mekong Dekta offre une musique qui emprunte à la fois le chant haut perché, très porté sur les aigus, du speed metal allemand, la férocité du thrash et la complexité, matinée de virtuosité, du progressif (la cover du « Dance On A Volcano » de Genesis, n’est pas un hasard). Si le chant de Doug Lee peut vite énerver (moins, toutefois que celui d’Alan Tecchio de Watchtower, formation culte, assez proche des casques à pointe), l’étalage technique et instrumental est apte à en calmer plus d’un.
Croulant sous les cassures et autres arabesques, les neufs compos proposées ici sont donc d’une complexité quasi mathématique, labyrinthe dans lequel il est parfois difficile de ne pas se perdre (« About Science »…). De plus, même s’il s’y réfère plus dans l’esprit que dans la lettre, le groupe a beaucoup biberonné le sein de la musique classique contemporaine, comme le démontre sa reprise couillue de « La danse du sabre » de Khachturian, exercice que les Allemands affectionnent tout particulièrement. Néanmoins, réduire Kaleidoscope à une orgie stérile de notes serait injuste car son gourou, Ralph Hubert est un artiste intelligent qui a bien conscience qu’un disque se doit aussi de toucher le cœur et l’âme pour atteindre son but. Magnifique instrumental sur lequel plane par instants l’ombre de Mike Oldfield, « Dreaming » est là pour conférer à l’ensemble un semblant d’émotion. Surtout, le musicien sait composer de vraies chansons (« Innocent »). Cette qualité facilite grandement l’appréhension d’un tel album, qualité sans laquelle, celui-ci serait sans doute bien indigeste. Kaleidoscope est une œuvre passionnante très marquée par l’époque où elle a vu le jour. Datée donc, mais novateur en ce qu’elle défriche des terrains encore vierges dans lesquels peu ont tenté de s’aventurer ; du moins avec autant de bonheur et de réussite. Le mystère demeure… (08.09.2007) ⍖⍖

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