La singularité de Melencolia Estatica réside moins dans la présence d’une femme en son sein – cela n’a désormais plus rien de surprenant – que dans le rôle que celle-ci y tient. En effet, si nombre de ses congénères femelles se réduisent souvent à incarner la vitrine du groupe dont elle sont l’empreinte vocale, la bien bandante Climaxia (aka Melencolia) est quant à elle le maître à penser du trio transalpin et ne chante pas puisqu’elle se charge des guitares et de la basse. Elle a préféré laisser le micro à un mâle (Solitudo) pour dégueuler son art. Melencolia Estatica est l’instrument de son mal être, de ses souffrances et de sa haine pour un genre humain bouffi par le conformisme. Letum poursuit l’expression d’un black metal suicidaire de mise sur le premier opus éponyme publié il y a deux ans, dont il partage la négativité brute et le choix de ne baptiser les morceaux qui le fragmentent uniquement par des numéro et non pas par des titres. Par rapport à son aîné, convaincant bien que maladroit, ce second cri de désespoir témoigne d’un réel progrès, notamment en terme d’inspiration, une inspiration qui hisse haut les couleurs noires d’un art nihiliste et misanthropique qui se nourrit de l’humus katatoniesque des débuts.
Irriguées par des guitares grésillantes et répétitives qui tissent les fils d’une mélancolie poisseuse, obsédante, ces longues dérives mortifères sont le vecteur d’une profonde désolation ; elles dessinent des paysages de la décrépitude humaine contre laquelle un seul rempart s’impose : la solitude affichée et revendiquée afin de ne pas être contaminé par cette vermine sociale et (faussement) humaniste. Si les tempos lancinants lui conviennent bien (« III » et ses premières mesures qui ne sont pas sans rappeler Burzum, l’Eternel, « IV », pulsation noire qui dresse un panorama décadent), Melencolia Estatica privilégie la rapidité (« V »), malheureusement parfois au détriment des atmosphères. C’est pourtant bien quand ils serrent le frein à main pour ouvrir les vannes d’un true black minimaliste et hypnotique (« I ») que les Italiens parviennent à vriller nos âmes tourmentées. Letum permet donc à sa génitrice d’affirmer un talent certain, ainsi qu’une personnalité qui ne l’est pas moins sans toutefois parvenir encore à affranchir totalement le groupe des limites qui parasitaient le premier essai, notamment un air prononcé de déjà entendu, même si, encore une fois, dans ce genre d’émanation obscure, c’est rarement l’originalité à tout prix qui prime mais plutôt la manifestation du malaise et de la haine. (01/08/08) ⍖⍖


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