Son joli minois ne doit pas vous tromper, Carmen Raats a le black metal chevillé aux notes, chanteuse et guitariste ténébreuse bien loin de l'image de fragile poupée qu'elle renvoie peut-être. Après deux premiers signes de mort sous la bannière automnale de Witte Wieven (le EP Silhouettes Of An Imprisoned Mind suivi du split Vlucht partagé avec Reiziger respectivement gravés en 2016 et 2018), auxquels s'ajoute un autre split en 2020, unissant celui-ci Vuur & Zijde (où elle assure la six-cordes) et Impavida, c'est réellement depuis un an que les choses s'accélèrent pour la belle Hollandaise qui nous a gratifié tout d'abord de la première offrande de Freja (Tides), duo qu'elle forme avec W. Damianen (Laster, Willoos) et accorde en ce printemps 2023 à Witte Wieven également son premier album. A travers tous ces projets et collaborations, c'est toute une scène noire néerlandaise qui s'esquisse, froide et minérale, rocailleuse et mélancolique, atmosphérique dans ses teintes terreuses et néanmoins rude dans son écorce abrasive. Flanqué de l'ancien batteur du groupe de funeral doom Faal, Carmen livre avec Dwaallicht sa vision d'un black metal forestier et orageux tout ensemble qui a maturé depuis plusieurs années avant de pouvoir se déployer ainsi dans toute sa beauté poétique et son emphase brumeuse.
Engourdi dans une terre gorgée de tristesse que nimbe l'aube froide de l'automne, cet opus se veut à l'image de son très beau visuel, écartelé entre noirceur et lumière, entre rage et atmosphères. Sabrés par des blasts furieux ('Ontsponnen uit de diepte'), ces plaintes torrentueuses pénètrent les profondeurs obscures de sombres bois qu'enténèbre une nature à la fois mystérieuse et hostile. De rares mélopées limpides injectent un peu de douceur toutefois assombrie par une âpreté qui reprend vite ses droits comme l'illustre 'Koordanser qui, en moins de six minutes, passe de la lumière aux abysses. Long et percussif, 'Drogbeeld' révèle une écriture aux reliefs meurtris qui aime s'enliser dans la tourbe de laquelle s'échappe les accords grêles d'une guitare polluée de tristes miasmes tandis sous la surface du déchirant 'Het Mistige Zicht' gronde une tension noueuse qui se répand comme un ressac granitique. Dommage cependant, malgré l'envoûtement qu'il dégage et sa force d'évocation d'une rusticité romantique, que Dwaallicht n'imprime pas plus de souvenirs dans la mémoire une fois l'écoute achevée cependant que sa conclusion sous forme d'un titre live laisse un goût de trop peu et vient briser le charme diffusé par les titres précédents. Un bel album à tout le moins. (04.04.2023) ⍖⍖


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